Vu par ZibelineLes lettres de Jean Giono lors de la 1ère guerre mondiale

Avoir 20 ans dans les tranchées

• 27 septembre 2014 •
Les lettres de Jean Giono lors de la 1ère guerre mondiale - Zibeline

Depuis 1985 Lou Paraïs, maison de Jean Giono labellisée Maison des Illustres depuis 2011, accueille le public des Correspondances pour des lectures de textes souvent inédits. C’était le cas cette année avec des lettres que Giono a envoyées à ses parents de 1915 à 1919 en direct du front, si l’on peut dire… Car du front, il n’en parle pas, ou peu, et toujours pour dire qu’il en est loin, qu’il ne risque rien. Tout cela pour rassurer ses parents sur sa santé et son moral. C’est le portrait d’un fils aimant qui se dessine, en même temps que celui d’un écrivain en train de naître. Dans sa présentation, Jacques Mény, président des Amis de Giono, citait l’expression de Jérôme Garcin qui qualifiait cette attitude de « désinformation affective ». Après avoir été refusé en 14 car trop maigre, Giono a été intégré en février 1915. Il suit alors une formation en téléphonie, puis sera nommé sous-lieutenant. Il décrit son costume avec enthousiasme et remercie son père pour les bonnes chaussures qu’il lui a fabriquées. Aussi déclare-t-il être « comme un coq en pâte » ! Cependant dans une lettre écrite à son oncle en mai 1916 il confie qu’il va vers le front mais qu’il ne faut surtout pas le dire à ses parents. Quand il part pour la Lorraine puis l’enfer de Verdun, il les prévient qu’il va dans des endroits où il n’y a pas de poste, que donc ils ne s’inquiètent pas de ne pas recevoir de courrier… Cependant son régiment sera décimé et il se considérera comme un « survivant ». Ce sont les livres, toujours à la tête de son lit, les spectacles qu’il offre à ses camarades, le partage des colis et les pipes fumées de concert qui lui permettent de tenir et de donner le change dans ses missives. Du Chemin des Dames où il se trouve en juin 17, il ne parle pas, pas plus que de la bataille d’Ypres en avril 18 où il subira les attaques des gaz toxiques et aura les paupières brûlées. À la fin de la même année il officialise ses fiançailles avec la secrète Élise et déclare qu’il deviendra « le pire anarchiste ». On le sait rien ne sera jamais pareil pour lui, comme pour tant d’autres moins célèbres et inconnus, partis confiants et revenus « cassés ». Un écrivain s’est construit sur ce désastre et on sait que son parcours d’homme en sera inévitablement orienté.

CHRIS BOURGUE
Octobre 2014

Les lettres ont été lues par Lélio Plotton le 27 septembre, dans le cadre des Correspondances de Manosque.

Association Les amis de Giono – Lou Paraïs – Manosque
www.rencontresgiono.fr

Photo : Buste de Giono -c- Chris Bourgue