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Vu par Zibeline

Retour sur la lecture à Avignon de J’ai rencontré Dieu sur FB, le prochain projet d'Ahmed Madani

Avant-scène

Retour sur la lecture à Avignon de J’ai rencontré Dieu sur FB, le prochain projet d'Ahmed Madani - Zibeline

Il est venu avec ses F(l)ammes. À Artéphile, Ahmed Madani, présent dans deux lieux du Off 2017, est invité à faire une lecture de sa future création. Et elles sont toutes là, les 10 jeunes femmes qui incarnent le pendant féminin du projet Face à leur destin que l’auteur consacre à la jeunesse des quartiers populaires. Après les 9 hommes d’Illumination(s) (au Théâtre des Halles en 2013), puis la confrontation des générations masculines autour d’une guerre d’Algérie qui s’impose dans le dialogue entre un grand-père et son petit-fils dans Je marche dans la nuit sur un chemin mauvais (2014), et l’incandescence de F(l)ammes, donc (au Théâtre des Halles jusqu’au 29 juillet, lire sur cette page la critique de Zibeline sur F(l)ammes), Madani convoque une mère et sa fille dans le huis clos d’un petit appartement propret de Sevran.

Dans cette bulle qui n’est ni une cité (sensible) ni la cité (la ville), Salima et Nina sont véritablement au cœur du monde. Via les souvenirs, les rêves qui virent au cauchemar, la complicité filiale, l’affrontement générationnel, Internet qui panse les plaies mais creuse les fêlures, les deux femmes sont le creuset d’une société qu’Ahmed Madani cerne avec une sensibilité pugnace et audacieuse. J’ai rencontré Dieu sur FB s’attaque au sujet périlleux de l’embrigadement pour le Djihad à domicile, dans l’intimité des familles et des chambres d’ado, sur fond de rébellion teenager et de détresse personnelle. Nina vient de perdre sa meilleure amie, et Salima revient du bled, où elle a enterré sa mère. Le thème est grave et Facebook veille, tapi dans la tristesse de l’adolescente. Quelqu’un est là, qui attend la proie en quête d’étoiles sur le net.

L’auteur est entre les deux comédiennes pressenties (Salima Boutebal et Margot Madani). Il lit les didascalies, il écoute la salle ; il travaille. La pièce est en devenir. Le moment est précieux, ici, en Avignon : parmi les 1480 spectacles joués tous les jours, il y a un texte qui se cherche, qui s’impose déjà comme la suite de l’œuvre de Madani. Le parcours de Salima et Nina s’imbrique dans celui de la grande famille composée par l’auteur depuis des années. Une Comédie humaine contemporaine, des morceaux de vie qu’il recueille, tisse, invente et rêve pour restituer un monde à hauteur de nos expériences, peurs, souvenirs, fantasmes.

Il prend la parole : il lit les mots que Nina reçoit sur Facebook. Ceux d’un jeune homme. Du miel dans la bouche et une kalachnikov à la main. Madani aime les pas de côté : le propos est effrayant, mais la situation est surprenante et on s’autorise à sourire, à éclater de rire. Prouesse d’auteur, liberté de sculpteur d’histoires qui nous guide dans une lecture du présent avec finesse et fantaisie. Et surtout pas de complaisance : « Ahmed, c’est plein de clichés ta pièce ! » Les Flammes restent vigilantes. Madani écoute et prend des notes. Le relais entre les personnages de sa fresque s’opère dans un partage tellement vivant que l’écriture respire jusqu’en dehors du plateau. Le théâtre en vrai.

ANNA ZISMAN
Juillet 2017

La lecture de J’ai rencontré Dieu sur FB (titre provisoire) a eu lieu à Artéphile, le 19 juillet à Avignon. Le spectacle sera créé à l’automne 2018 à Guyancourt.

F(l)ammes et Fille du paradis sont joués jusqu’au 30 juillet au festival Off d’Avignon, au Théâtre des Halles et à Artéphile.

Photo : Salima Boutebal, Ahmed Madani, Margot Madani © AZ


Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
84000 Avignon
04 90 85 52 57
http://www.theatredeshalles.com/