Sobriété et réemploi : l’intérieur paysan bas-alpin avant l’électricité, à découvrir au Musée de Salagon

Avant l’électricitéVu par Zibeline

• 6 avril 2019⇒15 décembre 2019 •
Sobriété et réemploi : l’intérieur paysan bas-alpin avant l’électricité, à découvrir au Musée de Salagon - Zibeline

En attendant de retrouver les salles d’exposition de ses granges, en cours de rénovation pour permettre un accès à tous les publics, le Musée de Salagon propose une nouvelle exposition temporaire intimiste qui décline en trois salles ce qu’était l’Intérieur paysan bas-alpin avant l’électricité.

De l’ethnographie à l’archéologie

« Il s’agit non d’une reconstitution, mais d’une évocation servie par la scénographie en épure de Fanny Lavergne, sourit Isabelle Daban-dal Canto, conservatrice du Musée de Salagon. Nous sortons une nouvelle fois les collections de nos réserves afin de montrer un passé qui nous est proche, mais cependant déjà empli d’obscurités. Nous ne pouvons que constater les ruptures à travers cette évocation du fonctionnement d’une maison paysanne « d’avant l’électricité ». Ici, nous pouvons remarquer que nous venons d’une autre société, même si seulement deux générations (environ soixante-dix ans) nous en séparent. La documentation manque aux pièces des collections, parfois seule la mention de la décharge où elles ont été trouvées est mentionnée, mais rien quant à leur datation, à leur origine géographique, à leurs propriétaires… Les témoins directs disparaissent, nous sommes obligés d’avoir recours aux sources livresques, d’où la nécessité urgente de documenter : les objets changent de statut, deviennent les témoignages de quelque chose qui a totalement disparu aujourd’hui ; l’ethnographie laisse place à l’archéologie avec ses doutes, ses problèmes d’interprétation, ses zones d’ombre… »

Un quotidien à imaginer

« Rares sont les produits achetés au magasin ! Tout ou presque est fabriqué à la maison. Certes, le « Fly-tox » (on ne cesse de lutter contre les insectes qui envahissent les pièces et menacent les provisions de bouche) a été acheté, le café en grains aussi, que l’on va torréfier dans la cuisine, puis moudre… L’on peut noter l’arrivée des horloges dans tous les intérieurs dès le XIXe siècle : curiosité chez des gens qui continuent à vivre selon un rythme cyclique. La chambre est aussi un grenier, contient les réserves de nourriture qui jouxtent le lit et l’armoire emplie du linge qui provient en grande partie du trousseau que la mariée a confectionné durant les années qui ont précédé ses noces. Le chanvre des tissus a été cultivé à la maison avant d’être filé puis tissé… La scénographe nous a demandé des tissus de couleurs pour animer la pièce, mais il a été très difficile de trouver quelques exemplaires teints : pas de « finasserie », la couleur était un luxe ! On imagine tout un monde, femmes aux jupes rembourrées contre le froid, avec leurs bas tricotés maison, leurs bonnets de dentelle (pour le dimanche, sinon un fichu suffit au quotidien. N’oublions pas que la femme « en cheveux » était peu considérée !), et leurs poches jamais cousues sur les vêtements, mais accrochées aux ceintures ; les hommes et leurs grandes chemises blanches en train de préparer leurs cartouches pour aller à la chasse (comme elles se réemploient, on les ramasse)… Le furet (de la famille des mustélidés comme la Zibeline, ndlr) est élevé pour la chasse, et dispose d’une petite cage… ».

Une pauvreté ingénieuse

« Tout se fabrique, depuis les cartouches aux ustensiles que l’on répare, bricole : un verre à pied cassé trouvera une nouvelle assise dans un couvercle et son pied cassé se transforme en porte-manteau… La solde de la guerre servira à ramener de Lorraine un soc de charrue. Les animaux de la ferme vivent avec les hommes. On se tient chaud. Dans ce milieu très empreint de religion subsistent les croyances animistes, la joubarbe (Barbe de Jupiter) est censée protéger de la foudre et sera plantée sur les toits, la carline à feuilles d’acanthe, clouée aux portes des granges et des maisons, mettra en déroute les créatures néfastes de la nuit… On a même un phallus en forme de tabatière pris dans la maçonnerie d’un linteau de porte, afin de favoriser la fécondité de la demeure… ».

Une exposition dense à la scénographie aérée et d’une fine pertinence à découvrir absolument !

MARYVONNE COLOMBANI
Mai 2019

Intérieur Paysan
6 avril au 15 décembre 2019
Musée de Salagon, Mane (04)
04 92 75 70 50 musee-de-salagon.com

Photographie : furet (zibeline ?) pour la chasse © MC

Musée Départemental Ethnologique de Haute-Provence
Prieuré de Salagon
04300 Mane
04 92 75 70 58
http://www.musee-de-salagon.com/