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Vu par Zibeline

Caída del cielo de Rocío Molina au Pavillon Noir

Avant-gardiste du temple flamenco

Caída del cielo de Rocío Molina au Pavillon Noir - Zibeline

Son dernier spectacle, Grito Pelao, avait accompagné sa grossesse, explorant différentes facettes de la figure féminine. Il marquait un moment charnière mais ponctuel de la vie de la chorégraphe. Devenue mère, Rocío Molina a voulu repartir en tournée et donner une seconde vie à sa pièce précédente, Caída del cielo, une œuvre saisissante créée en novembre 2016 lorsqu’elle était artiste associée au Théâtre national de Chaillot, à Paris. Malgré une blessure récente à la cheville, elle a décidé d’honorer son doublé au Pavillon Noir d’Aix-en-Provence. C’est par une introduction aux sonorités rock que les quatre musiciens plantent le décor, sur un plateau immaculé à l’image de la robe andalouse à volants dans laquelle la danseuse apparaît. Un costume traditionnel qui n’est pas dans les habitudes de celle qui révolutionne le flamenco par une écriture de réinvention plus que de transgression. Quelle est cette créature tombée du ciel (caída del cielo, en espagnol) quasi-reptilienne, qui semble naître et s’éveiller sous nos yeux, entre silence et chaos, fougue et immobilité ? Des contrastes, il y en aura tout au long de l’heure et demie de cet odyssée tellurique, que lui a inspiré La Divine comédie de Dante autant que Le Jardin des délices de Bosch. Tour à tour sirène, torera futuriste, boxeuse, dominatrice SM, Vénus dionysiaque, Molina joue avec le bon comme le mauvais goût, dans un incessant aller-retour entre les codes masculins et féminins. Femme espiègle à qui l’on interdit de piocher dans le paquet de chips accroché à son bas-ventre, elle finira par goûter au fruit défendu. Des fruits dans lesquels elle croque d’ailleurs plus tard à pleine grappe. Vêtue d’un jupe-bache recouverte d’une matière entre boue et lie de vin, elle semble comme ironiser sur l’impureté dont plus personne ne se risquerait à l’accuser au vu de la virtuosité de son écriture chorégraphique et de son irréprochabilité technique. Prenant une posture christique, elle se fait laver les pieds en guise d’absolution de ses déviances. Dans un déchaînement joyeux, elle termine cette catharsis dansée telle une fiesta rumbera à laquelle elle donne une coloration tropicale. La liberté élevée au rang d’art.

LUDOVIC TOMAS
Mai 2019

Caída del cielo de Rocío Molina a été joué les 10 et 11 mai au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.

Photographie : Caida Del Cielo © Simone Fratini


Pavillon Noir / Ballet Preljocaj
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