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Vu par Zibeline

Christina Rosmini ressuscite Lorca au théâtre Toursky, espace Léo Ferré

Aux sources de l’enfance

• 21 janvier 2016, 2 février 2016⇒3 février 2016 •
Christina Rosmini ressuscite Lorca au théâtre Toursky, espace Léo Ferré - Zibeline

« Alors que la fonction de poète devient condamnable, -le poète palestinien Ashraf Fayad est voué à la mort pour « apostasie » par des juges d’Arabie Saoudite*-, évoquer le poète assassiné à Grenade, Federico Garcia Lorca, est d’une troublante actualité », souligne Richard Martin, directeur du théâtre Toursky qui accueille dans l’écrin de la salle Léo Ferré (après un temps de résidence) le tout nouveau spectacle de Christina Rosmini, El niño Lorca. Décor simple, un paravent aux courbes douces installe son triptyque tendu d’un rideau de fines cordelettes blanches, qui s’effleurent, s’ouvrent, deviennent écran où les dessins naïfs (Émilie Chollat) projetés donnent à voir sous des traits d’animaux les membres de la famille du poète, ses amis, la moustache de Dali, Manuel de Falla, Buñuel…, papillons, fleurs, chevaux, poissons, et bien sûr un croissant de lune aux grands yeux qui pleurent l’enfant de Grenade. Cet enfant est représenté par une petite marionnette de papier, pas n’importe lequel, la reproduction de lettres de Lorca lui-même, si bien que le poète apparaît constitué de ses propres mots. Cet art du détail, de la précision porteuse de sens, se retrouve dans la construction tragique du propos. Comme dans toute tragédie classique, le dénouement est donné dès le départ, crissements de pneus, bruits de bottes suivis de coups de fusil. Les fascistes viennent d’assassiner le poète. C’est là que la magie de la conteuse, chanteuse, lune-mère, intervient. En vingt-deux tableautins, finement ciselés, agencés avec la finesse des marqueteries de l’Alhambra, incrustations ivoirines serties de poésie et de musique, la vie de Federico Garcia Lorca nous est contée. Ses débuts pianistiques, son ambition d’être artiste, enfin, poète, seule option acceptée par sa famille, sa découverte du surréalisme, ses enthousiasmes, ses élans, ses voyages, ses rencontres, ses amitiés… La voix labile de Christina Rosmini passe de l’enfance à l’enthousiasme juvénile, gaie, grave, rocailleuse, éthérée, et décline les genres multiples avec une confondante aisance. La foisonnante variété de l’inspiration et de la création parcourt la scène avec un rythme sans faille. Amour de la danse, de la musique, des arts, des êtres jusque dans leurs trahisons, leurs faiblesses, soutien inconditionnel aux princes que sont les Gitans qui nourrissent l’œuvre de Lorca.

Christina Rosmini, accompagnée à la guitare par l’exceptionnel Bruno Caviglia, danse, mime, chante, Tarara, Fandango, Sevillana… offre des fragments du Romancero Gitano, où Par les rues de Séville, danse la Carmen. Elle a les cheveux blancs… et puis il y a la correspondance avec Dalí, et l’intrusion de la sardane, l’évocation de Manuel de Falla, tant admiré, et en écho à son Asturiana, un Anda Jaleo habité par la transe mystérieuse du duende, la découverte émerveillée des Amériques, New York, et les noirs de Harlem (qui) sont les gitans de l’Andalousie, Cuba, l’Argentine, ses tangos… et le retour, la mort d’Ignacio Mejillas dans l’arène, ce terrible cinq heures du soir, la montée du fascisme, et la Romance de la Guardia Civil : Les chevaux sont noirs, les ferrures sont noires…l’engagement théâtral avec la Barraja, société de théâtre étudiante, politique, Je suis un partisan convaincu de la République. Non à la Monarchie, non à la Dictature ! Les miliciens franquistes s’emparent du fragile poète, de l’enfant, qui attend la mort avec une berceuse, bouleversante, déchirante… la lune l’emporte dans son baiser froid, les coups de fusil fauchent le poète au lever du jour. Pas de berceau pour l’enfant de la Nana de Sevilla, pas de tombe pour le poète…

Ils ont tué Federico, pauvre Grenade ! Voix cassée de l’artiste, de la mère, debout, seule. Mais le dernier mot revient au poète, à l’enfant-Niño Lorca, qui adorait se cacher… La lune veille encore. On ne m’a pas trouvé ! La marionnette semble se moquer de ses assassins franquistes qui jetteront le corps dans une fosse commune, à Víznar, près de Grenade. Sa dépouille et celle de ses trois compagnons, n’ont toujours pas été retrouvées !

Nada es mas vivo que un recuerdo, Rien n’est plus vivant qu’un souvenir écrivait Federico Garcia Lorca. Christina Rosmini lui rend le plus beau des hommages.

YVES BERGÉ & MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2015

El niño Lorca, création de Christina Rosmini a été donné du 12 au 16 janvier à l’Espace Léo Ferré du Théâtre Toursky

 

Spectacle Niño Lorca Espace Léo Ferré

 

*Une soirée de soutien est organisée le 21 janvier à 20h au théâtre Toursky, avec le soutien de l’Union des Poètes & cie, la Maison des Écrivains et de la Littérature, le Printemps des Poètes, le P.E.N. Club français, le Festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée, l’association des Amis de Richard Martin, la Société des Gens de Lettres, the World Poetry Movement. (entrée libre et gratuite)

À venir :

Le spectacle sera repris lors de Fest’Hiver au Théâtre du Balcon (Avignon) les 2 (21h) et 3 (19h) février

Théâtre du Balcon
04 90 85 00 80
www.theatredubalcon.org

Un dispositif ulule est mis aussi en place pour la production du spectacle (bientôt Avignon!) et la parution du livret CD correspondant : https://fr.ulule.com/el-nino-lorca/

Crédits photographies : Jean-Yves Delattre ; Marc Rosmini


Théâtre Toursky
16 Promenade Léo Ferré
13003 Marseille
04 91 02 58 35
http://www.toursky.fr/