Vu par Zibeline

Exceptionnelle exposition "Aix antique. Une cité en gaule du Sud" au Musée Granet d'Aix-en-Provence

Aux sources antiques

• 6 décembre 2014⇒3 mai 2015 •
Exceptionnelle exposition

L’exposition du musée Granet, Aix antique Une cité en gaule du Sud, est exceptionnelle à plus d’un titre !

Beauté, diversité… le parcours est surtout lumineusement construit par ses commissaires Núria Nin, Lisandre Nanthavongdouangsy, Jérôme Fabiani. En préambule au corps du sujet, une véritable leçon d’honnêteté intellectuelle nous est donnée, par l’évocation des premiers balbutiements des découvertes archéologiques : relevés effectués dès la Renaissance, rappel des amateurs d’antiques des XVII et XVIIIe siècles, inventaires du XIXe et début XXe, et enfin chantiers d’archéologie préventive ou de sauvetage, plans, manuscrits, notes, croquis… Une succession de cartes rend compte de l’évolution d’Aquae Sextiae Salluviorum (premier nom complet, qui rappelle le mélange entre Romains et autochtones, Salyens) et de son territoire, bien plus étendu qu’aujourd’hui. La ville, fondée par le proconsul Sextius Calvinus en -122, se substitue à l’oppidum d’Entremont détruit par les Romains, marquant un moment décisif dans l’hégémonie de Rome, contre celle de Massilia.
L’exposition la reconstruit entièrement, de la villa que l’on visite en 3D, aux urnes funéraires d’une exceptionnelle facture, sur lesquelles s’achève notre initiation. Tout un peuple actif, fourmillant, est évoqué, avec ses corps de métier, dont on entrevoit les techniques grâce à leurs outils, leurs œuvres. Statues, mais aussi clous, huisserie, éléments de canalisations, fragments de verre ou de fresques, tesselles… Renaît ainsi une foule de potiers, verriers, médecins, vétérinaires, avocats, boulangers, charcutiers, bouchers, maçons, peintres, mosaïstes, fabricants d’objets en os, cuir, laiton, bronze … et leur répartition en corporations, comme celle des dendrophores (métiers du bois) ou des centonaires (qui confectionnaient des bâches utilisées pour l’extinction des incendies).
Le quotidien se glisse là, délicats balsamaires destinés aux élégantes, fibules, miroir, mais aussi lampes, matériel de tissage ou d’écriture, pesons et stylets… Surgissent des noms, au détour d’épitaphes ou de dédicaces, le Duumvir Lucius Antonius Rufinus ou les affranchis Thallus et Rythmus… on suit les routes commerciales, avec la notification de l’origine des produits, marbres venus de Phrygie, du Proconnèse (Marmara), des Pyrénées, de la Sainte Baume, du Ténare, de Carrare…, les vins, les huiles, les saumures de la Tripolitaine (Afrique du Nord), entre autres. Une impressionnante batterie de cuisine attend ses bouillis, fritures, rôtis, entre pots gaulois et vaisselle italique…
La campagne environnante qui nourrit toute cette population, se redessine, avec des grandes fermes comme la villa Richeaume (Puyloubier) ; la vigne déjà façonne le paysage. De retour dans la ville, on en imagine l’architecture monumentale, son forum, ses thermes, son théâtre (qui attend, protégé par la terre, de revenir au jour)… Marbres, colonnes, pilastres, pavements, mosaïques, donnent une idée de l’importance de ce chef-lieu de cité (pour le modèle antique, la cité recouvre tout le territoire, campagne et monde urbain compris).
Étonnamment, pas de grands temples. Seuls subsistent des vestiges d’autels parfois frustes du panthéon gréco-romain, dieux agraires en tête, sans compter les ex-voto dédiés à la Bona Dea, aux Parques ou aux Nymphes, les amulettes et perles apotropaïques (destinées à éloigner le mauvais œil), et un étrange petit autel consacré au dieu du Maillet avec sa tête lunaire, censé libérer les âmes.
Ce monde très romanisé par les noms, les fonctions, le découpage administratif…, n’empêche pas une expression spécifique et originale, ainsi par exemple, le choix des thèmes abordés dans les mosaïques, comme le combat de Darès et Entelle, inspiré de l’Énéide ou la figure d’Orphée qui nous accueille, charmant, au lieu d’animaux sauvages, une pie, une perdrix et un renard. N’est-ce pas lui le guide du poète et le nôtre dans cette belle découverte ?

MARYVONNE COLOMBANI
Janvier 2015

Aix antique. Une cité en gaule du Sud
jusqu’au 3 mai
Musée Granet, Aix-en-Provence

photo : Peinture murale à décor figuré de personnage casqué (détail), Direction Archéologie de la ville d’Aix-en-Provence © P. Veysseyre, musée Saint-Romain-en-Gal


Musée Granet
Place Saint Jean de Malte
13100 Aix-en-Provence
04 42 52 88 32
http://www.museegranet-aixenprovence.fr/