Vu par Zibeline

Au Théâtre du Gymnase, La Trahison orale a laissé son public aux portes de l'Enfer

Aux portes de l’Enfer…

Au Théâtre du Gymnase, La Trahison orale a laissé son public aux portes de l'Enfer - Zibeline

Le «théâtre musical» pose un concept : le «musical» commande et justifie le « théâtral ». Mauricio Kagel (1931-2008) fut l’un de ses principaux artisans. Il envisageait l’idée d’une «théâtralisation» du geste instrumental, pensait l’expression corporelle du musicien comme un véritable «jeu» d’acteur. Dans La Trahison Orale (1981-83), sa «geste» originale est portée par une suite de textes populaires évoquant le Diable. L’opus propose un espace de liberté aux interprètes, au scénographe, quant à la répartition des voix instrumentales et des textes parlés… Du coup, chaque production invente sa propre forme.

Sur la scène du Gymnase, le GRIM (scène musicale de Montévidéo) et Hubert Colas, ont fait le choix, hormis quelques interventions parlées (mais malhabiles) des musiciens, d’un mélodrame à une voix. Bernard Bloch (au faciès diabolique !) enchaîne, avec une verve certaine, les textes, récits et contes sur les figures du Démon ; un tapis instrumental se tisse autour de lui, composé de violon, cymbalum, guitare électrique, harpe ou saxophone…

On aurait pu adhérer à ce bastringue de cirque triste, fanfare macabre, réminiscence sarcastique de Kurt Weill, aux cloches en percussions pour messe noire, à quelque violon rappelant le pacte démoniaque de l’Histoire du soldat de Stravinsky, à la course à l’abime, au songe de Sabbat… Mais on est resté aux portes de cet Enfer auquel il a manqué, outre du public, un lien organique entre les impulsions théâtrale et instrumentale, peu endiablée… et un brin de flamme musicale !

JACQUES FRESCHEL
Mars 2013

La Trahison orale a été jouée au Gymnase, Marseille, les 14 et 15 mars


Théâtre du Gymnase
4 rue du Théâtre Français
13001 Marseille
08 2013 2013
http://www.lestheatres.net/