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Vu par Zibeline

Retour sur Entre, créé en novembre au Théâtre d’Arles, ou quand les frontières deviennent l'enfer

Aux frontières du réel

Retour sur Entre, créé en novembre au Théâtre d’Arles, ou quand les frontières deviennent l'enfer - Zibeline

D’une voix hésitante, légèrement pâteuse, un homme parle et dit attendre des papiers. Un passeport pour aller au Royaume-Uni, une carte verte pour les États-Unis, n’importe quel document pour aller n’importe où. Pour ne plus être enfermé dans cet aéroport, ne plus être réveillé tous les matins à 5h30, depuis 16 ans, lorsque les premiers rais de lumière apparaissent derrière la baie vitrée. D’où vient-il, que fait-il dans cet aéroport avec un carnet sur les genoux, feuilleté de temps en temps comme pour se souvenir de son identité ?

Vincent Berhault s’est inspiré de l’histoire et du récit de Mehran Karimi Nassiri -réfugié iranien qui a passé 18 ans dans l’aéroport Charles de Gaulle suite à un énorme et kafkaïen imbroglio administratif- pour écrire et mettre en scène Entre. Cet homme est le point central d’une réflexion plus vaste menée sur les notions de frontières, et donc de contrôles, de déracinement, sur les migrations et les violences qui en découlent.

Loin d’être linéaire, le récit de cet être immobile se fragmente, s’entend de loin en loin tandis que monte une musique jouée en direct sur le plateau et que danseur et acrobate emplissent l’espace de leurs mouvements lents ou énergiques, répétitifs, qui transforment les corps, les déplacent, les dirigent. Seul le périmètre reste inchangé, frontières visibles désignées par des poteaux à sangles rétractables qu’utilisent contrôleurs et surveillants lors de situations burlesques où fouille et interrogatoire, notamment, font naître des rires irrépressibles tant le ridicule (souvent vécu !) affleure, ou encore la formation d’un futur agent qui devra appliquer des actes sécuritaires formatés et inhumains tournant vite à la torture… hilarante ! Mais toujours resurgit le spectre de l’homme dont l’identité s’efface peu à peu, et qu’entourent les ombres furtives d’humains affairés vers un autre destin.

DOMINIQUE MARÇON
Décembre 2017

Entre a été créé les 7 et 8 novembre au Théâtre d’Arles

Photo : © Les Singuliers

 


Théâtre d’Arles
43 rue Jean Granaud
13200 Arles
04 90 52 51 55
www.theatre-arles.com