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Vu par Zibeline

"Sans laisser de trace…" : Rachid Bouali à la fois conteur et porte-parole des réfugiés

Aux frontières du monde

« Quand certaines frontières sont aujourd’hui devenues des murs infranchissables, que peut-il rester d’humanité ? » Territoires, Frontières, exils, migrations, réfugiés… Le sujet est universel, intemporel, bien que dramatiquement actuel. Rachid Bouali ne raconte pas une mais plusieurs histoires, en un patchwork tissé à partir de témoignages récoltés, de lectures, de rencontres, de réflexions. Des images fortes, sculptées par les lumières discrètes de Claire Lorthioir, évoquent les longues marches, les traques, l’attente, le corps du comédien se transformant au gré des personnages qu’il convoque. Charon, le passeur des Enfers qui transporte les morts sur le Styx, Serge l’Africain, parti à pieds de Côte d’Ivoire, Séphora d’Angola, Souleymane qui erre du Maroc à l’Espagne, et puis tous ceux qui tentent le passage des barrières successives de Melilla, dont la principale qualité est qu’« elles ne blessent pas »… mais aussi les passeurs, les douaniers.

Il n’y a pas que l’ailleurs qu’il donne à voir et entendre, il y a aussi Calais et sa « jungle » dont il nous fait faire la visite, se déplaçant tel un promoteur immobilier dont la gêne va enfler au fur et à mesure du défilement des baraques en bois de palette -cafés, hôtel, école, église. « J’ai l’impression d’être revenu au début de la civilisation. Où suis-je ? On se croirait devant la grande Babel, l’exode sans terre promise… » Et ses habitants qui racontent. Nathalie qui teint un bistro face à la mer, où plus personne ne vient, José le camionneur qui circule la peur au ventre mais qui n’a « rien contre les migrants », celle qui recharge les téléphones à tour de bras pour qu’ils puissent appeler leurs familles.

Les mots sont percutants, mais Rachid Bouali sait les alléger par quelques pirouettes de son cru, un humour léger et fantaisiste qu’il distille çà et là. En contrepoint, le musicien Manu Domergue joue en direct, du mellophone (sorte de cor), de la guitare ou de l’accordéon (création musicale de Nicolas Ducron), crée le bruitage d’une plage ou de cœurs qui s’emballent, habillage sublime et subtil.

À la fois conteur et porte-parole, Rachid Bouali ne force pas le trait mais réveille et interpelle. Salutaire.

DOMINIQUE MARÇON
Mars 2019

Sans laisser de trace… a été joué le 20 mars au Théâtre de l’Olivier, Istres, dans le cadre de la semaine Bien vivre ensemble

Photo : Sans laisser de trace -c- Fabien Debrabandereimg


Théâtre de l’Olivier
Avenue Léon Blum
13800 Istres
04 42 56 48 48
http://www.scenesetcines.fr/