Park, premier long-métrage de Sofia Exarchou, sort enfin en salles

Aux dieux du stadeVu par Zibeline

Park, premier long-métrage de Sofia Exarchou, sort enfin en salles - Zibeline

Érigé à la gloire d’une Grèce alors en plein essor, le complexe sportif dédié aux Jeux Olympiques de 2004 est depuis laissé à l’abandon. De ses grands espaces vides, en proie aux errements de jeunes gens désœuvrés, aux aboiements de chiens errants et au croupissement des eaux, Sofia Exarchou tire un premier film amer mais très inspiré. La métaphore filée du lieu comme emblème d’une génération perdue n’est certes pas des plus délicates, mais a le mérite de ne jamais fermer la porte à une part d’arbitraire ou d’étrangeté. La direction d’acteurs fait sans doute partie des plus grandes réussites de Park : le choix des comédiens, tous non professionnels, s’étant avéré décisif. L’alchimie qui naît lors des scènes de groupes, en grande partie improvisées, rappelle les envolées d’un Larry Clark, quand les apartés plus intimes convoquent volontiers Abdellatif Kechiche. L’exaltation et l’épuisement des corps, des terrains vagues aux douches des vestiaires, trouve dans l’évidente sensibilité féminine de la réalisatrice de nouveaux retentissements. Le personnage d’Anna est à ce sujet particulièrement intéressant : Dimitra Vlagkopoulou lui prête sans retenue son corps d’ancienne athlète, dont elle énumère les blessures en passant d’un sourire de façade à des pleurs réprimés. Ce corps qu’elle sexualise à outrance, comme pour le punir de son inutilité, rencontre celui de Dimitris Kitsos : l’espoir d’un ailleurs y est entrevu, mais semble irrémédiablement hors de portée. Seule une idée de grandeur, virile, nationale, parvient à se frayer un chemin. Présenté dans plusieurs festivals depuis 2016, Park connaît enfin une sortie en salles : les années ne l’ont malheureusement rendu que plus nécessaire.

 

SUZANNE CANESSA
Juillet 2020

 

Sortie le 8 juillet
Photo © Tamasa distribution