Vu par ZibelineLes artistes de la déconstruction mis à l'honneur au centre d’art Campredon de l'Isle-sur-la-Sorgue

Au vif de l’esquisse

• 5 juillet 2014⇒5 octobre 2014 •
Les artistes de la déconstruction mis à l'honneur au centre d’art Campredon de l'Isle-sur-la-Sorgue - Zibeline

Toujours sur les rives de la Sorgue, le centre d’art Campredon met à l’honneur les artistes dits de la «déconstruction» qui, dans les années 70, ont fait de l’esquisse et du geste inachevé une nouvelle forme plastique. Ni croquis, ni dessin préparatoire, ni travail de recherche : des œuvres en suspens, comme Cézanne avant eux dont 80 % des œuvres sont «inachevées». Le Sermon sous l’olivier réalisé en 2013 par Jean Le Gac prouve que le geste fondateur a la peau dure : sur le papier CANSON® suspendu et la bâche plastique, le dessin ouvre le regard sur un horizon infini, il glisse, s’accroche, divague, combine trait solitaire et aplats de couleur. L’artiste en héros solitaire prend la pose du sage à moins qu’il ne joue au super-héros de comics perché dans l’olivier… Dans sa Grande bibliothèque de 2007, il creuse la relation image-texte, plus précisément le chemin de l’image qui appelle le texte, traçant le nom de ses écrivains de chevet, Pessoa, Echenoz, Tabucchi ou Lobo Antunes. Là encore chez Gérard Collin-Thiébaut le mot et l’image sont indissociables, mais la combinaison relève du puzzle, du rébus, d’associations et de copies pour détourner les phrases cultes en devinettes. L’autel rituel sied aux installations de Christian Jaccard : au centre, une projection vidéo témoigne de l’embrasement d’un lieu promis à la perte (ses «tableaux éphémères»), entourée de sculptures de nœuds enchevêtrés à l’infini. Travail qui libère l’énergie, évoque la perte, confronte combustion et vivant. La question n’est pas celle du geste inachevé mais celle de la disparition et de la trace, à l’instar d’Alain Fleischer qui, dans sa vidéo L’homme dans les draps de 1999, «rend visible ce qui n’est pas visible à l’œil nu» par l’évocation, la suggestion, le glissement des lumières et des ombres. Illusion parfaite ! La peinture coloriste de Gérard Titus-Carmel est une invitation constante à se perdre dans le lointain, à rendre les lieux inscrutables, à effacer les cadres. Sa série Figure du Double de 2013/2014 en est une fois encore la preuve. Nous pourrions également évoquer les pièces de François Bouillon, Ernest-Pignon Ernest, Pierre Buraglio, Daniel Dezeuze, Jean-Claude Lefevre, Bernard Pages et Claude Viallat sélectionnées par Evelyne Artaud, commissaire de l’exposition L’Esquisse ou l’élégance du geste inachevé, car de leur cohabitation surgit une fructueuse dialectique entre les formes et les intentions, les écritures et les concepts, les techniques et les nécessités intérieures.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Juillet 2014

L’Esquisse ou l’élégance du geste inachevé
jusqu’au 5 octobre
Campredon centre d’art, Isle-sur-la-Sorgue
04 90 38 17 41

NB : papier CANSON® est une marque enregistrée appartenant à la société CANSON

Photo : Jean-Le-Gac,-Sermon-sous-l’olivier,-2014,-ba^che-et-dessin-sur-papier,-360-x-200-cm-©–Roland-Fayollet