Un délicat hommage rendu à la Crète par la photographe Maddalena Rodriguez-Antoniotti

Au royaume de MinosLu par Zibeline

Un délicat hommage rendu à la Crète par la photographe Maddalena Rodriguez-Antoniotti - Zibeline

De loin en loin la photographe Maddalena Rodriguez-Antoniotti donne de ses nouvelles et plus encore des nouvelles du monde. Après Corse, éloge de la beauté paru en 2010 chez Images en manœuvres (Zib’39), voici qu’elle arpente la Terre de Crète en tournant impérativement le dos « aux images de rêve du marketing touristique ». Une autre posture eut été étonnante pour cette artiste qui a choisi de vivre sur sa terre d’origine et publie son nouvel opus aux éditions éoliennes à Bastia ! Publiée en français et en grec, la préface de l’enseignant en philosophie et écrivain Allain Glykos est une ode à la marche « loin des rivages convoités, violés mille fois » qu’elle pratique armée de son Voigtländer de 1938. Une île dont le visage à mille reliefs se laisse apprivoiser par ceux qui ont l’humilité de la regarder en silence. Après en avoir fouillé l’âme profonde, Allain Glykos nous invite à regarder de près les photos, à nous laisser « apprivoiser par leur délicate rugosité » qui viennent en écho à la rugosité des paysages. Le texte de Maddalena Rodriguez-Antoniotti La Crète et moi, vous savez… circonscrit son voyage dans le temps et par tous les temps (sauf l’été !), précise son process photographique (pises de vue à l’ancienne, frontales, format carré pour réconcilier horizontalité et verticalité) et son parti pris du paysage « sans rapport avec la nostalgie ». Enchâssées entre ces deux textes, les photographies apparaissent dans leur plus simple appareil avec la seule mention géographique : Plateau d’Omalos, département de La Canée et son troupeau de moutons, Dans les environs de Gournia, département du Lassithi et son champ de coquelicots… Rien d’extra-ordinaire, seulement des traces en argentique d’un monde qui résiste et sur lequel l’auteure porte un regard sans filtre, laissant « hors champ le pittoresque et l’anecdotique pour ne laisser apparaître et s’ouvrir comme tel que le paysage ». Des terres abruptes, certainement, à l’instar de la Sicile qui viendra clôturer sa trilogie documentaire et poétique sur le paysage méditerranéen. Dès son prochain périple terminé.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Janvier 2018

Allain Glykos
Photographies et texte Maddalena Rodrihuez-Antoniotti
Préface Allain Glykos
Éditions éoliennes, 21 €