Les Murs de la Honte de Sylvie Garat, au Festival International du film d’Aubagne

Au pied des mursVu par Zibeline

Les Murs de la Honte de Sylvie Garat, au Festival International du film d’Aubagne - Zibeline

Dans les quartiers ouvriers de Belfast, 50 ans après les émeutes qui transformèrent le mouvement des droits civiques irlandais en une guerre civile opposant protestants loyalistes et catholiques républicains, les vaincus essaient d’écrire l’histoire entre deux murs. Une histoire complexe, douloureuse, controversée qui nourrit toujours les conflits internes et modèle le paysage urbain. En effet, malgré la promesse du gouvernement de les détruire, vingt-et-un ans après la fin des conflits armés, de hauts remparts grillagés coupent toujours en deux plusieurs quartiers résidentiels : les murs « de la paix » désignés par le titre du beau documentaire de Sylvie Garat  comme Murs de la honte. Peints, graffés, héroïsant les morts des deux camps, ils sont visités par les touristes qui passent d’un guide protestant à un catholique tandis que certains habitants travaillent à multiplier les brèches. La réalisatrice leur donne la parole.

Robert McClenaghan, ancien combattant républicain pour les uns, ancien terroriste pour les autres, œuvre désormais pour aider une communauté plus divisée par les clivages sociaux que par les cultes respectifs. Des deux côtés, on se réunit, on parle d’aménagements afin de lentement gommer les lignes. De petites choses qui changeraient les regards : remplacer les portails pleins par des portails ajourés pour que l’on puisse voir l’autre, passer de la perception du mur-protecteur au sentiment du mur-hostile haïssable.
Terry McCorran, dirige une académie de boxe. L’arrière du bâtiment où il officie fait partie du mur qui sépare Belfast en deux. Son objectif : une porte. Une ouverture offrant le choix aux résidents de la partie républicaine de son quartier de venir frapper des sacs chez lui.
Geraldine et Elsie dansent ensemble le sean-nos dans un club pour seniors. Et peu importe que l’une soit catholique, et l’autre protestante.
Certains ne partagent pas cet optimisme sans craintes. Les murs sont parfois ceux de leurs jardins. Ils se souviennent encore de l’horreur des milices et avouent conserver une peur inexplicable de ces voisins qu’ils ne côtoient que rarement. On craint instinctivement ce qui vous est mis hors de portée par des partitions de huit mètres de haut.
Dans la city, la municipalité semble miser sur un héritage moins clivant, comme le passé industriel de construction navale, notamment celle du Titanic à Harland and Wolff. D’aucuns ironisent, le Brexit aurait-il réussi là où l’IRA a échoué : bouter l’anglois hors d’Irlande ? La blague est amère, les semi-mesures envisagées par le gouvernement britannique à ce sujet ne rappellent que trop celles qui ont donné jour à ces « Peace Lines », solutions avancées à l’époque comme temporaires.

Servi par une très belle photo, le film dresse un état des lieux intime de la situation en Irlande du Nord et nous rappelle que la paix, ce n’est pas seulement l’absence de  guerre.

ELISE et LUCAS PADOVANI
Mars 2020

Les Murs de la Honte de Sylvie Garat, long métrage hors compétition, a été proposé en accès libre le 31 mars par le Festival International du film d’Aubagne

Photo © 13Productions