Spectacle partenaireVu par Zibeline

Au nom du Diable !

• 24 juillet 2016, 26 juillet 2016⇒27 juillet 2016 •
 - Zibeline

L’équipe de L’Opéra au Village a peut-être trop tenté le Diable en 2016, car ce dernier a posé ses griffes aux alentours de Pourrières, au moment de l’ouverture du festival, envoyant des éclairs foudroyants, des eaux en averses sur les forêts environnantes… et la scène montée sur la place du château. Placée sous « vigilance orange », la première représentation a du être annulée… quand la deuxième a connu maintes incertitudes, péripéties, suspense et pris, pour des questions de sécurité, pas mal de retard ! On a cependant pu profiter du très beau spectacle offert et organisé par une formidable équipe de bénévoles réunie sous la houlette de Suzy Charrue-Delenne et de Bernard Grimonet (mise en scène et direction artistique), et le public, patient et bienveillant, a répondu présent sur des gradins garnis au complet, malgré des conditions de température bien en deçà des « normales saisonnières ».

Il faut dire que l’esprit du festival est audacieux ! Depuis 2005, on y exhume des ouvrages, opérettes, opéra-bouffes, pièces en un acte qui ont disparu du répertoire, là (uniquement là!) dans un petit village à la frontière du Var et des Bouches-du-Rhône. C’est courageux, louable… De surcroît, la manifestation connaît un vrai succès auprès d’un public friand de délicieuses (re)découvertes.

C’est donc aux diableries, et en particulier au mythe de Faust, qu’on fait allusion le 24 juillet.

Tout commence par une petite pochade adaptée de Frédéric Barbier et son Faust et Marguerite, prologue qui met en scène deux comédiens devant jouer Faust et répétant leur rôle à la dernière minute. C’est cocasse et introduit judicieusement une fantaisie lyrique, pastiche du célèbre opéra de Gounod dont on prise les citations chantées et… décalées. Faust en ménage de Claude Terrasse imagine le couple Faust et Marguerite, mais une vingtaine d’années après le feu de l’action méphistophélique et l’horrible Nuit de Walpurgis. Méphisto, toujours rougeoyant, a cependant perdu ses pouvoirs. C’est qu’il a été puni en voulant sauver Faust dans un moment de faiblesse… Il n’abandonne pas, au demeurant, l’idée de se racheter en vendant l’âme de Marguerite (restée jeune!) à son satanique maître, engageant la belle, par malice, a commettre l’adultère avec Siebel… qui a bien grandi !L'Opéra au Village 24072016 -3 CTerrasse Faust en ménage©musicncom

Sur le plateau, dans de beaux costumes et habiles décors, les artistes font merveille, à l’aise dans le jeu et le chant fantaisistes. Beatrice Giovanetti joue avec comique la servante (rôle parlé) du couple « en ménage », campé par la soprano Claire Baudouin et le ténor Olivier Hernandez, artiste à la voix claire, sonore, bien timbrée et au jeu drôle. Le contre-ténor Raphaël Pongy incarne Siebel, adulte et militaire un peu coincé, au moyen d’un chant puissant, malgré le falsetto, passant bien la rampe (sans sonorisation) et le baryton Thibaut Desplantes un Méphisto pitoyable et arthritique.

Sur le côté, abrité sous un petit chapiteau, un quatuor est dirigé par Luc Coadou : Isabelle Terjan (piano), Claude Crousier (clarinette), Angélique Garcia (accordéon) et Virginie Bertazzon (violoncelle) font la par belle à la verve mélodique des compositeurs.

La seconde pièce au programme est d’une autre portée et requiert des facultés vocales d’une autre dimension : les protagonistes y font face avec brio. En effet, Les trois baisers du Diable (1858) d’Offenbach développe, sur un livret de caractère léger, un chant « opératique » de haute-tenue. On retrouve Claire Baudoin (Jeanne), toute d’énergie et de séduction, nullement avare en aigus et vocalises  zébrant l’air nocturne après que l’orage s’est définitivement éloigné… ou Thibaut Desplantes (le vil Gaspard qui tente de la corrompre avec force bijoux et promesses de richesses) qui n’est pas en reste en termes de prouesses vocales dans des airs et duos redoutables, grâce à une émission franche, des aigus lancés sans fioritures. Il finira par tomber, dans les flammes de… la cheminée de la cabane de bûcherons dans laquelle vit la petite famille, tel un Don Juan d’opérette ! Tout le plateau (on retrouve les qualités décrites plus haut chez Olivier Hernandez et Raphaël Pongy) participe, avec L’enfant (Annabelle) sauvé in extremis après un « Deus ex machina »bienvenu, à la réussite de cet ouvrage, quasiment inédit, mais dont l’univers original mérite amplement d’être tiré de l’oubli !

L'Opéra au Village 24072016 -5 JOffenbach Les Trois Baisers du Diable©musicncom

JACQUES FRESCHEL
Juillet 2016

L’Opéra au Village : Faust en Ménage et Les trois baisers du Diableencore deux représentations les 26 et 27 juillet au Château de Roquefeuille !

www.loperaauvillage.fr

Photos Simone Strähle © musicncom