Un géant du patrimoine musical français aux Musicales de la Font de Mai

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Un géant du patrimoine musical français aux Musicales de la Font de Mai - Zibeline

Au cœur de la garrigue, aux pieds du Garlaban, dans un cadre qui a vu tant et tant de tournages de Pagnol, se niche un domaine qui depuis 2014 ouvre ses portes à la musique. En ouverture de la quatrième édition des Musicales de la Font de Mai, un grand musicien, Michel Legrand. La jauge comble, dépassée, avec une partie du public sur des plaids, dans l’herbe, à côté des chaises prises d’assaut… On vient voir et entendre le compositeur de musiques de films, (quelques 200), de chansons, de jazz… que n’a-t-il pas été ? Auteur, compositeur, arrangeur, interprète, chef d’orchestre, producteur… et un abord du public d’une simplicité extrême. On écoute ses mots qui balaient une carrière, s’ancrent dans le quotidien… comme un membre d’une famille, « je suis parti à cinq heures ce matin pour être ici ce soir… »… il ironise sur la beauté bucolique du lieu qui l’accueille, « je m’attends à tout, à ce qu’un troupeau de sangliers traverse le champ » voisin… on sourit, une familiarité s’installe. Un programme ? Jamais de la vie ! « Avec le jazz, on ne sait jamais ce que l’on va jouer ! »…

Improvisations ? Ensemble laissé à l’inspiration du musicien ? Qui le sait ? Ses deux partenaires, Pierre Boussaguet à la contrebasse et François Laizeau à la batterie, complices depuis plus de vingt ans, suivent chaque mouvement, chaque impulsion, chaque variation de tempo, chaque nuance est suivie avec une élégante efficacité. On commence par le blues, « le gâteau d’anniversaire de la musique jazz », et le Ray Blues composé pour et joué avec Ray Charles. « C’est formidable, parce que le blues, ça ne s’arrête jamais… Le jazz, c’est de la musique qui bouge, qui vit, qui parle des choses… » On se laisse conduire, La valse des lilas, le thème de Maxence des Demoiselles de Rochefort… La contrebasse se livre à un solo empli d’humour. Le lyrisme de L’été 42 s’ourle de ses accords arpégés, de ses amples phrases ; émouvantes pages de Dingo Lament écrite avec Miles Davis… suivies d’un Dingo Rock par la batterie de Laizeau. L’immense culture musicale de cet artiste hors normes nourrit un voyage où l’on croise les styles d’Art Tatum, Duke Ellington, Count, Basie, Errol Garner, George Shearing, Dave Brubeck, Oscar Peterson… Puis les différents genres musicaux se plient sur les Parapluies de Cherbourg : « je voudrais marier toutes les seize mesures en montant d’un demi-ton, les différents tempi et les différentes formes, pour voir si le thème résiste… ». Si magnifiquement, classique, « high society », valse, bossa nova, New Orleans, tango, « à la russe »… La salle est debout et Les moulins de mon cœur emplissent la douceur de ce beau soir d’été. Et tant pis si la voix n’est plus là, défaille, se perd, l’émotion reste intacte et la virtuosité pianistique toujours bouleversante de vérité humaine.

MARYVONNE COLOMBANI
Juillet 2017

Concert donné le 28 juillet à La Font de Mai, dans le cadre du Festival Les Musicales de la Font de Mai

Photographies © MC