Les Week-Ends Musicaux de Chaillol ouvrent leur saison avec le Quatuor Avena

Au gré des ventsVu par Zibeline

Les Week-Ends Musicaux de Chaillol ouvrent leur saison avec le Quatuor Avena - Zibeline

Le Quatuor Avena ouvrait brillamment les Week-Ends Musicaux de Chaillol. Adam Campbell, saxophone baryton (Afrique du Sud), Fabio Cesare, saxophone alto (Italie), Sumika Tsujimoto, saxophone ténor (Japon) et Nicolas Allard, saxophone soprano (France, Gap), complices depuis trois ans, arpentent les époques et les formes, avec un même bonheur qui conjugue espièglerie et une indéniable maestria jusque dans leur mise en scène : entrée des musiciens de la porte de l’église à l’autel, sur une suite de Danses Roumaines (Sz 56) de Béla Bartok qui fusionne musique savante et populaire en une même pâte joyeuse et descriptive, et départ trissé sur un air traditionnel japonais, Sakoula, (fleur de cerisier) en remontant la nef. Entretemps, on aura visité les Ciudades (Cités) de Guillermo Lago : Sarajevo (inspiré du travail du compositeur en Bosnie au temps de la guerre), avec ses ostinatos, ses émergences brumeuses, sa mélodie lente et mélancolique où perce le souvenir de Philip Glass, Cordoba aux pointes hispanisantes tandis qu’un jeune homme tombe amoureux devant la cathédrale et que les musiciens se livrent à un quadrille sur scène, Montevideo et son tango, « perdu derrière la montagne », en écho à celui de Buenos Aires, Köln, où les saxophonistes s’accroupissent en demi-cercle initiatique, Addis Abeba enfin, pour célébrer l’Afrique « où tout a commencé »…

On se laissait transporter par la fluidité jazzée de Préludes de Gershwin, le « Nuevo Tango » de Piazzolla, « avec rage », la « Nouvelle Musette » de Richard Galliano, et ses notes où rêve encore Casque d’or ou un Clown venu tout droit d’un film de Fellini (grâce aux arrangements de Nicolas Allard). Au cœur de la représentation, une création mondiale sur une commande de l’Espace Culturel de Chaillol pour cet ensemble, Massar (« trajectoire » en arabe) de Jean-Charles Richard, évoque en trois temps la Méditerranée, Turquie, Espagne, Perse et Maroc. Mouvement tournoyant emprunté à la musique soufie, rythmes auxquels ne manquent que les palmas, du chant espagnol, volutes ourlées de mélismes orientaux… partition luxuriante, à l’instar d’une fresque voyageuse… Bonheurs !

MARYVONNE COLOMBANI
Février 2020

Concert donné le 2 février dans l’église de Saint-Pierre d’Argençon, dans le cadre des Week-ends musicaux de Chaillol

Photographie © Alexandre Chevillard