Festival de la Roque d’Anthéron : ancienne piscine olympique et T-shirts

Au fond d’la piscineVu par Zibeline

Festival de la Roque d’Anthéron : ancienne piscine olympique et T-shirts  - Zibeline

Curieux lieu pour un concert de musique classique, que cette piscine olympique convertie en salle multisports. L’espace immense pouvait inquiéter l’auditoire, quant à ses capacités acoustiques, mais s’est révélé, du moins en ce qui concerne la forme musique de chambre, satisfaisant. Un écran placé derrière la scène permettait sans doute outre, de dissimuler sommairement les installations sportives, de « canaliser » les harmoniques…

Chopin ouvrait le concert, remplaçant le contemporain Silvestrov initialement prévu, avec son Trio pour piano (Yulianna Avdeeva), violon (Gidon Kremer), violoncelle (Giedre Dirvanauskaite). Ces derniers, en raison d’une sombre histoire de bagages aux envies d’indépendance, durent renoncer à leurs tenues « officielles » de concert pour endosser les T-shirts aux effigies festivalières. La voix off de présentation excusait ce manquement à l’étiquette traditionnelle, mais la tenue ne faisant pas le moine ni le concertiste, leur virtuosité, leur finesse, leurs qualités d’interprétation surent faire oublier leur présentation peu conventionnelle. Le lieu ne l’était pas non plus…

Dernier opus publié du vivant de Chopin, la Sonate en sol mineur opus 8 sonnait comme une rareté, les partitions autres que pour piano étant peu nombreuses sous la plume de l’artiste. Sans doute la vastitude de l’endroit ne servait pas vraiment cette pièce intime, certes, parfaitement exécutée, mais qui apparut un peu plate.

On retiendra surtout de cette fin d’après-midi (concert de 18h) le superbe Trio avec piano opus 24 de Mieczyslaw Weinberg, percussif, contrasté, glissant de l’exaltation à la réserve en un même mouvement, notes perlées, sons étirés jusqu’aux limites de l’audible. La palette irisée de poétiques élans, de répliques martelées, est servie avec une sensible intensité. Le piano, au jeu délié, dessine de vertigineux reliefs, tandis que violon et violoncelle passent de l’unisson aux contre-chants, aux répliques enlevées et incisives. Après un tel feu d’artifice, la Sonate n° 6 du même Weinberg semblait de trop… La chaleur jouait des tours aux cordes et le violon avait tendance à baisser au fil des morceaux.

Venait clore le concert, sans rappel, malgré l’enthousiasme suscité, -le public se dépêchant pour la représentation de 21 heures au parc du Château de Florans-, le Trio avec piano n° 2 en mi bémol majeur opus 100 de Schubert. La beauté sereine de cette partition, empreinte d’une subtile mélancolie, est sans doute devenue inséparable du film de Stanley Kubrick, Barry Lindon. On entendit un « ah ! » de reconnaissance dès les premières notes du thème ! L’œuvre ne se réduit cependant pas à cette mélodie récurrente, et le trio offrait une version sensible au phrasé naturel, soulignant l’équilibre atteint, malgré les contradictions intimes qui hantent l’œuvre. Instants de magie pure.

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2018

Concert donné le 11 août au Centre Sportif et Culturel Marcel Pagnol, dans le cadre du Festival international de piano de la Roque d’Anthéron.

Photographie : Avdeeva-Kremer-Dirvanauskaite © Christophe GREMIOT