Obey – L’art propagande de Shepard Fairey au Domaine départemental pierresVives, de Montpellier

Au doigt et à l’œilVu par Zibeline

• 5 octobre 2017⇒13 janvier 2018 •
Obey – L’art propagande de Shepard Fairey au Domaine départemental pierresVives, de Montpellier - Zibeline

L’affiche claque, avec son poing levé tracé en noir sur fond rouge, et son slogan ambigu : Obey. Est-ce un ordre ? Une dénonciation ? Le titre de l’exposition entretient le doute. L’art propagande de Shepard Fairey. Avec tout ce que ce mot véhicule de sulfureux, l’entrée en matière dans l’expression de la star américaine du street art est surplombée par une étrange sensation. De quelle propagande s’agit-il ?

Dans l’immense bâtiment du domaine départemental pierresVives à Montpellier, la première rétrospective en France du travail de Fairey semble cantonnée à une portion congrue. Quelle frustration en effet de découvrir l’accrochage des 250 pièces dans un espace riquiqui au cœur de ce paquebot architectural ! On traverse un hall aux proportions monumentales pour se rendre finalement dans une pièce un peu étriquée, aux murs couverts des images (sérigraphies, peintures sur toile, impression sur métal et bois) présentées en 10 thèmes par le commissaire Jérôme Catz. Quatre d’entre eux (« un art engagé », « propagande visuelle », « un art politique », « écologie ») explicitent plus particulièrement la volonté de définir l’artiste comme un acteur important d’une certaine contestation politique depuis une trentaine d’années.

On apprend comment, dans l’atelier de l’école de design où il était inscrit à Rhode Island en 1989, pour expliquer à un ami la technique de la sérigraphie, il attrapa au hasard un journal où apparaissait la photo du catcheur André the Giant pour la styliser. « André the Giant Has A Posse » (a une bande potes) était né, et allait devenir une véritable icône qui allait couvrir, sous forme d’autocollants où son visage sera cadré toujours plus serré, les murs de l’Amérique et même au-delà. Est-ce un manifeste politique ? Oui, affirme Jérôme Catz. Diffuser une image sans produit à vendre derrière, sur un support à l’époque directement associé à l’univers décalé et subversif du skate, c’était adopter un discours artistique engagé. Si chez Fairey la limite est très perméable entre graphiste, artiste, et messager politique, ce qui ressort très nettement est son talent de communicant. Qu’il s’empare d’un discours antimilitariste, écologique, féministe, antiraciste, le trait, la couleur, la composition de ses œuvres, produisent un objet éminemment efficace qui imprime durablement la rétine. L’équipe de campagne d’Obama ne s’y était pas trompée, reprenant une de ses sérigraphies les plus connues (le portrait du président souligné par un « hope » bleu ciel) comme outil de communication. Alors, à qui faudrait-il (éviter d’) obéir ? Ce mot, décliné sur des centaines d’images, jusqu’à devenir une marque d’habits très prisée des adolescents, l’artiste l’a emprunté à un film de Carpenter (Invasion Los Angeles, 1988), où cette injonction d’obéissance était diffusée à l’insu de la population. Le moins qu’on puisse dire est que le contre-message n’est plus subliminal.

ANNA ZISMAN
Octobre 2017

Obey – L’art propagande de Shepard Fairey
jusqu’au 13 janvier 2018

entrée libre
de nombreux ateliers (graff, pochoir) sont proposés à l’occasion de l’exposition

Domaine départemental pierresVives, Montpellier
04 67 67 30 00 pierresvives.herault.fr

Photographie : L’art de la propagande © Shepard Fairey