Le photographe marseillais Christian Ramade expose aux Pénitents Noirs, à Aubagne, jusqu'au 20 décembre

Au-delà des apparencesVu par Zibeline

• 18 octobre 2014⇒20 décembre 2014 •
Le photographe marseillais Christian Ramade expose aux Pénitents Noirs, à Aubagne, jusqu'au 20 décembre - Zibeline

Dans la boîte à images du photographe marseillais Christian Ramade, il y a toujours un élément, un détail, un point de vue qui déclenchent l’étonnement. Sans artifices mais avec une prédisposition à la confusion des espaces, il convoque l’illusion dans la réalité, l’incongru dans la banalité : les murs peints des villes ont la sale habitude de tronquer les reflets des passants, dans les boutiques de souvenirs, les répliques en plâtre des statues de marbre sont plus vraies que les originales ; quant au musée, le mimétisme entre le tableau et le regardeur est invraisemblable ! On s’interroge : hasard or not hasard ? On soupçonne un scénario savamment pré-écrit et la complicité du quidam là où il y a l’attente et le désir, la préscience de ce qui va, peut-être, advenir. Car Christian Ramade voit ce que notre œil ne distingue pas. Il traque et débusque mieux que quiconque l’absurdité d’une situation, la drôlerie d’un événement, les facéties de la vie. Comme l’écrit Bernard Muntaner, commissaire de l’exposition et auteur du catalogue L’œil étonné : «Christian Ramade a une double vue, il voit le fond et la forme, le décor, et l’acteur» quand nous restons souvent à la surface des choses et des êtres sans se donner le temps de fouiller derrière les apparences. Dupliquées, superposées, imbriquées, les images de la vie prennent du relief, de l’épaisseur, et notre prochaine visite au musée n’aura plus la même saveur !

Sous le dôme de la Chapelle des Pénitents Noirs, la scénographie privilégie un découpage en cinq temps, cinq thèmes révélateurs de sons sens de la dérision, de sa manière mi-amusée mi-féroce de dénoncer la manipulation de l’image : Le portrait définitif (les vanités), Le murmure des murs de rue (la fulgurance de l’illusion), Le musée amusé (voir et être vu), L’écrit à la lettre (le poids des mots), L’antique pillée (l’usurpation des modèles). Plus un sixième espace plus solennel, en fin de parcours, consacré à un ensemble exceptionnel de terres cuites entreposées dans vingt chapelles du Sacro Monte, au bord du lac d’Orta, en Italie. D’abord figé derrière les grilles de protection, puis autorisé à pénétrer la pénombre intérieure, Christian Ramade parvient à saisir les mille et une variations des visages, leur force cachée. Des centaines de sculptures grandeur nature «l’attendaient», écrit-il, et le résultat est édifiant, malgré les angles de vue réduits a minima, tout est là : la magnificence passée des couleurs, la décrépitude des décors, le réalisme des personnages, la patine de l’usure et du temps. S’il confie avoir «transgressé» l’ordre immuable des compositions au risque de provoquer le chaos, qu’il en soit remercié : sous son objectif, le théâtre de terra cotta du Sacro Monte d’Orta est plus que jamais vivant.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI
Novembre 2014

À voir
Photographies
Christian Ramade
du 18 octobre au 20 décembre
Les Pénitents Noirs-centre d’art, Aubagne

À lire
L’œil étonné
Photographies Christian Ramade, textes Bernard Muntaner
Éd. Muntaner, 2014, 10 €

Les Trésors cachés du Sacre Monte di Orta
Photographies Christian Ramade, textes Jean Arrouye et Fra Angelo Felice Manzini
Éd. Fondations Regards de Provence, 2010

Photo : Vue de l’exposition Christian Ramade, Chapelle des Pénitents Noirs, Aubagne, 2014 © B. Muntaner

Chapelle des Pénitents Noirs
Les Aires saint-Michel
13 400 Aubagne
04 42 18 17 26
http://www.aubagne.fr/fr/services/sortir-se-cultiver/les-penitents-noirs.html