Vu par Zibeline

L'exposition Histoire, regards d’artiste à voir jusqu'au 5 janvier à l'Hôtel des arts de Toulon

Au-delà de l’image de presse

• 26 octobre 2013⇒5 janvier 2014 •
Vérifier les jours off sur la période
L'exposition Histoire, regards d’artiste à voir jusqu'au 5 janvier à l'Hôtel des arts de Toulon - Zibeline

À l’heure où les nouvelles technologies et les réseaux sociaux témoignent en direct de l’histoire en marche, neuf artistes prennent leur distance avec l’image de presse pour poser un regard subjectif sur les faits historiques passés ou présents. Ils usent de la photographie ou de la vidéo pour traquer ses traces et ses blessures. Certaines encore à vif. Oliva Maria Rubio, directrice artistique à La Fábrica à Madrid et commissaire générale du festival PhotoEspaña de 2001 à 2003, a choisi «seulement neuf artistes car tous travaillent sur des séries, ils construisent l’image, c’est-à-dire qu’ils font appel à cette faculté de faire des images et se définissent comme artiste ou narrateur. La situation de crise actuelle nous donne à réfléchir sur notre histoire pour ne pas la reproduire». Ce ne sont ni des reporters de guerre ni des photojournalistes, même si certains, comme Éric Baudelaire, brouillent les codes en reproduisant la réalité dans un tableau fictif ô combien «vivant» ! C’est la guerre comme au cinéma, fabriquée dans les studios de Los Angeles, qui questionne non seulement la véracité des images mais aussi leur statut et leur diffusion par les médias. Souvenons-nous des émeutes de Clichy-sous-Bois en 2005 qui avaient fait la Une de l’actualité télévisée : Mohamed Bourouissa s’en est inspiré pour créer une série «d’allégories photographiques» sur la vie quotidienne des jeunes des banlieues. Images tellement vues et revues qu’elles paraissent presque banales… sauf que grâce à ses talents de peintre et de dessinateur, les scènes sont composées à la manière des tableaux d’histoire, avec une parfaite maîtrise des perspectives, de la lumière et des regards tendus comme des flèches. Autre guerre, autre temps avec Shai Kremer qui archéologie les stigmates du conflit israélo-palestinien dans le paysage sous forme de «compositions méthodiques apparemment innocentes et poétiques» : camps d’entrainement, avions abattus… Paysage, encore, avec Paola De Pietri qui croise mémoire familiale, archives et lectures dans un travail photographique in situ, sur les traces des combattants morts de froid, de faim, au combat durant la Première guerre mondiale. Revenue à la source du malheur, elle photographie les paysages d’hier devenus des lieux touristiques et familiaux, mais perclus de trous d’obus. Eduardo Nave revient lui aussi sur les lieux du crime selon un protocole photographique qui redonne la parole à l’événement : même jour, même heure, même endroit que les attentats perpétrés par l’ETA, seuls les titres revendiquent l’histoire vécue. C’est l’état brut des choses oubliées, d’une mémoire fragile.

À chacun, donc, son évocation des chocs du monde, de ses fissures, et des cicatrices laissées aux générations suivantes. Cristina Luca -qui avait fait mouche dans l’exposition Mappamundi– réactualise l’histoire française en mettant en mouvement le célèbre tableau de Delacroix La Liberté guidant le peuple dans une vidéo au souffle puissant. D’autres se réapproprient l’histoire en réinventant la réalité jusque dans ses moindres détails : Paolo Ventura met en scène des personnages, des accessoires et des objets miniaturisés dans des situations purement imaginaires… Tous posent la question de la mémoire officielle et de la mémoire intime et nous interrogent : quelles relations l’homme entretient-il avec son histoire ?

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Novembre 2013

Histoire, regards d’artistes
jusqu’au 5 janvier
Hôtel des arts, Toulon

Photo : La Liberté raisonnée, 2009 © Cristina Lucas


Hôtel des Arts
Centre d’Art du Conseil Général du Var
236 boulevard Général Leclerc
83093 Toulon Cedex
04 94 91 69 18
http://www.hdatoulon.fr/