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Retour sur la sélection et le palmarès des Rencontres du Cinéma Sud-Américain, du 28 mars au 5 avril à Marseille

Au cœur des fictions

• 28 mars 2014⇒5 avril 2014 •
Retour sur la sélection et le palmarès des Rencontres du Cinéma Sud-Américain, du 28 mars au 5 avril à Marseille - Zibeline

C’est en musique que les 16e Rencontres du Cinéma Sud-Américain se sont terminées le 5 avril, à la Cartonnerie sous la voix puissante de la Negra dans le documentaire de Rodriguo H.Vila, Mercedes Sosa, projection suivie d’une grande peña. Si le Colibri d’or est allé à un film plutôt sombre réinterprétant le mythe de Médée, la sélection 2014 nous a entraînés dans des voyages plutôt solaires, libérateurs où les prises de conscience se font le long des chemins par des rencontres, des échanges et des aventures où le faux révèle le vrai, où la fiction devient lecture du réel.

Le long des chemins
Quelque soit le sens du voyage, dans tout road movie, c’est le voyage lui-même qui fait sens. Ainsi le Rincón de Darwin de l’Uruguayen Diego Fernández Pujol, présente trois hommes de générations et de milieux différents, embarqués dans une vieille camionnette pour rejoindre ce «recoin» où le célèbre savant, en 1833, découvrit des fossiles déterminants pour sa théorie de l’évolution. Rythmé par la lecture en voix off de passages du journal de Darwin, sur une musique originale de Franny Glass, le film capte les infimes métamorphoses de ses protagonistes, démontrant que seuls ceux qui apprennent à collaborer avec les autres et à s’adapter aux changements, s’en sortent.
Ainsi, le subtil Que tan tejo de l’invitée d’honneur Tania Hermida, croisant les chemins d’une touriste espagnole pragmatique, Esperanza et d’une étudiante équatorienne idéaliste, Tristezza. Comme un Sancho Panza et un Don Quichotte, version XX. Comme deux manières d’être face aux mystères du monde. Voyage dans le temps, l’espace, la littérature, le cinéma.
Le voyage du guinéen David Bangoura -dit Black Doh– dans El gran Rio de Rubén Plataneo, n’a rien de fictif mais ressemble bien à un rêve qui s’entête. Premier immigré africain débarqué à Rosario en Argentine, après un périple invraisemblable, il rappe sa vie, ses racines, son exil, en français, espagnol, soussou, sur une musique afro-argentine et invente la voie qu’il suit. Il écrit du Nouveau Monde, une lettre que le réalisateur apporte à sa mère restée sans nouvelles. Ocres et bleus d’une photo superbe. Le cinéma comme trait d’union entre Afrique et Amérique latine.

Faux semblants
Le réel se fabrique par la fiction, soit comme dans la glaçante Corporación de Fabián Forte pour une manipulation généralisée. M. Mentor scénarise sa vie, ayant passé un pacte avec une redoutable entreprise de bonheur sur mesure, et devient le sujet d’un autre scénario sans le savoir. Soit pour rejoindre les clichés sur la prostitution cubaine, attendus par les documentaristes autrichiens dans La película de Ana de Díaz Torres. Mises en abymes révélant le vrai par le faux.

L’éveil des consciences
Plébiscité par les jurys, Meu amigo Nietzsche de Fáuston da Silva, met en scène un jeune Brésilien qui apprend à lire avec Ainsi parlait Zarathoustra, trouvé dans une poubelle. Il devient, à l’étonnement de tous, un petit philosophe sur pattes. Ce court métrage très drôle rend hommage au pouvoir de la lecture sur l’éveil des consciences. La programmation l’a bien montré : rêver le réel ce n’est ni le nier, ni s’en éloigner, mais l’explorer, aller au-delà des évidences, des stéréotypes, des définitions, c’est le mettre au cœur des fictions, des images en multipliant les regards et les focales.

ELISE PADOVANI
Avril 2014

PALMARÈS
Palmarès jury professionnel
Colibri d’or : O lobo atras da porta de Fernando Coimbra
Prix du jury ex æquo : El gran Rio de Rubén Plataneo et Matar a un hombre d’Alejandro Fernández Almendras
Meilleure actrice ex æquo : Leandra Leal (O lobo atras la porta) et Rita Batata (De menor)
Meilleur acteur : Daniel Antivilo (Matar a un hombre)
Meilleur court métrage : Madera de Daniel Kvitko
Palmarès jury jeune
Meilleur long métrage : La corporación de Fabián Forte
Mention spéciale pour le long métrage El gran Rio de Rubén Plataneo
Meilleur court métrage : Meu amigo Nietzsche Fáuston da Silva
Mention spéciale pour le court métrage Gallus Gallus de Clarissa Duque
Prix du public
La película de Ana de Díaz Torres
Meu amigo Nietzsche de Fáuston da Silva

Les Rencontres du Cinéma Sud-Américain ont eu lieu du 28 mars au 5 avril à Marseille

Photo : El gran Rio de Rubén Plataneo © TS Productions


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