La Mort et le météore de Joca Reiners Terron, paru aux Editions Zulma

« Au cœur d’autres ténèbres »Lu par Zibeline

La Mort et le météore de Joca Reiners Terron, paru aux Editions Zulma - Zibeline

Le roman du brésilien Joca Reiners Terron, La Mort et le Météore, somme toute assez court, emporte ses lectrices et lecteurs dans des lieux « exotiques » pour les Occidentaux que nous sommes : le pays amazonien du fleuve Purus au Brésil, la région d’Oaxaca au Mexique, qui tous deux, d’ailleurs, constituent le découpage romanesque.

Mais plus encore, le texte ouvre habilement l’espace-temps à la manière d’un roman d’anticipation, de science-fiction (le Chili a disparu), mais aussi d’aventures et d’exploration. Le récit principal mené par un narrateur mexicain solitaire s’installe dans une époque sans date mais « prospective » où la région brésilienne de L’Amazonie a été entièrement dévastée, spoliée, devenant « un endroit plus brûlant que l’enfer » tandis qu’une vidéo, support d’une longue analepse, dont l’expéditeur est un pseudo anthropologue brésilien, nous ramène dans les années 80, au cœur de la forêt, où vivaient les Indiens Kaajapukugi, au-delà de la ville-bouge de Labrea, au bord du Purus. L’auteur met ainsi en parallèle l’exil climatique et politique de ce mystérieux peuple d’indiens dont la population est condamnée (ils ne sont plus que cinquante hommes) dans le Yucatan, après avoir renoncé à les installer dans le froid du Canada, et une mission chinoise, Tiantang I en direction de la planète Mars, avec à son bord un couple. Ce qui fait toute la richesse du roman, c’est de fonder une sorte de « syncrétisme littéraire », il s’agit d’abord d’une dénonciation de l’entreprise destructrice de la logique économique, insatiable de terres, aboutissant à l’anéantissement des mondes indiens mais ce sans jamais tomber dans une veine polémique. Mais il s’agit aussi d’une poétique fantastique, entre le monde des morts et des vivants, des liens ancestraux entre les animaux et les hommes, d’une transe hallucinatoire, d’un univers dans lequel le héros du livre, Boaventura, se perd moralement et physiquement.

On mesure dès lors la portée politique et esthétique du propos de Reiners Terron quand on sait que l’arrivée au pouvoir de Bolsonaro a été marquée par des opérations destructrices qui ne font qu’accélérer la disparition des équilibres de vie dans cette immense zone du monde et amplifiée par son mépris pour l’Art.

MARIE DU CREST
Décembre 2020

La Mort et Le Météore
Joca Reiners Terron
traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec
Editions Zuma, 17,50 €