Les Dames de la Joliette et Germaine Kobo & Bella Lawson aux Escales Métis, à Miramas

Au bonheur des damesVu par Zibeline

Les Dames de la Joliette et Germaine Kobo & Bella Lawson aux Escales Métis, à Miramas - Zibeline

Émanation du festival Nuits Métis, les Escales Métis ont accueilli la diaspora locale des musiques actuelles du monde aux quatre coins de Miramas. Retour sur le concert des Dames de la Joliette et du duo Germaine Kobo & Bella Lawson.

Ils font partie de ces indispensables opérateurs culturels ancrés dans leur territoire qui, malgré une annulation imposée par la pandémie, ont pu et su reformuler leur proposition festivalière pour l’adapter aux exigences sanitaires. D’ordinaire concentré sur deux soirées, Nuits Métis s’est démultiplié en treize escales nomades pour quinze concerts et six spectacles jeune public, dans différents quartiers de Miramas. Une réorganisation exemplaire par sa fidélité à l’esprit familial, populaire et citoyen de l’association qui œuvre à la valorisation d’artistes porteurs de la diversité culturelle. C’était particulièrement vrai pour le double plateau exclusivement féminin du 7 août, installé sur le site de l’ancien centre de loisirs du comité d’entreprise des cheminots. À l’affiche : Les Dames de la Joliette, suivies de Germaine Kobo & Bella Lawson.

Elles sont cinq, de noir vêtues, et reflètent un concentré musical de Méditerranée, à travers leurs héritages culturels plus ou moins lointains. Les Dames de la Joliette puisent leurs textes dans la mémoire poétique de femmes révoltées. Et posent leurs voix si complémentaires sur les compositions d’un homme, l’éclectique Gil Aniorte Paz, fondateur entre autres de Barrio Chino et Radio Babel Marseille. De la poésie occitane tourmentée de la fin du XIIe siècle de la trobairitz (féminin de troubadour en langue d’oc) Béatrice de Die aux textes rappelant l’engagement des femmes dans la défense de Marseille face aux armées d’occupation de Charles Quint en 1524, le chœur polyphonique impressionne par la vivacité de ses interprétations, sa force d’incarnation et l’originalité des arrangements. Avec Las panaderas de Oviedo, seule reprise d’un chant traditionnel du répertoire, Maura Guerrera, Annie Maltinti, Sylvie Paz, Kalliroï Raouzeou et Nadia Tighidet se lancent dans un jeu de palmas et percussions à la table, illustrant le labeur des boulangères. Également multi-instrumentistes, elles accompagnent leurs récits multilingues des sonorités des instruments du monde, derbouka, tambourin sicilien, bendir, cajon, piano, guitare, mélodica ou encore harmonium. Après l’Occitanie, l’Espagne, l’Italie, la Grèce et l’Algérie, le voyage se poursuit en traversée au long cours outre-Atlantique avec trois évocations d’auteures latino-américaines : la poétesse argentine Alfonsina Storni, le Prix Nobel de littérature chilien Gabriela Mistral et la carioca Cecilia Meireles. Entre chants de lutte, de labeurs et d’amour, les Dames expriment l’universalité des combats émancipateurs des femmes à travers les époques, dans un bouillonnement de sentiments où se mêlent espoir, souffrance et détermination.

C’est dans les allées du salon professionnel Babel Bed Music (lire https://www.journalzibeline.fr/societe/le-retour-de-babel/) que se sont rencontrées Germaine Kobo et Bella Lawson. La première originaire du Congo, l’autre du Togo, toutes deux vivant à Marseille, elles proposent une fusion radicale futuriste et affranchie des codes de la musique africaine traditionnelle. C’est pourtant bien une Afrique exaltée par un show à l’effet hypnotique que revisitent les lauréates du Prix des Musiques d’Ici 2018 avec leur cocktail afro punk tribal, entre folk et électro. Guitare, machines, double micro et lunettes dignes d’un film de science-fiction, le duo irradie par son audace à la fois sonore et visuelle.
LUDOVIC TOMAS
Août 2020
Photo Les Dames de la Joliette ©Marc Ambrogiani

Les Dames de la Joliette et Germaine Kobo & Bella Lawson se sont produites le 7 août, à Miramas, dans le cadre des Escales Métis qui ont eu lieu du 21 juillet au 11 août.