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Je suis seul, nouveau roman de Beyrouk aux éditions elyzad

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Je suis seul, nouveau roman de Beyrouk aux éditions elyzad - Zibeline

Le nouveau roman de Beyrouk, auteur du Tambour des larmes (Prix Kourouma et Prix du Roman Métis des Lycéens), Je suis seul, est un long monologue mené par un narrateur enfermé dans une petite chambre, refuge censé le protéger des terroristes qui ont envahi sa ville pendant qu’il était parti en excursion dans le désert pour fuir la futilité d’« un monde où [il avait] inconsidérément plongé ». Nezha, son amour de jeunesse, qu’il a quittée pour la ville, l’argent et une autre femme, le cache, et doit lui donner la possibilité de fuir. C’est dans l’attente interminable de son retour que le protagoniste, « spectre solitaire », soliloque, rumine la situation présente et la nourrit de retours en arrière. Défilent sa vie, ses choix, l’histoire familiale, le personnage de son aïeul Nacereddine, saint qui fit massacrer des milliers de gens « par piété et par amour de Dieu », celui du poète Yacoubi qui « aimait les femmes et la bonne chair », d’Ethman, l’ancien mari de Nezha, qui mène les djihadistes, « le premier qui a ramené la folie », intransigeant et cruel, sans doute parce que sa sœur fut violée ;  plutôt que de s’en prendre aux criminels, il hait le monde entier… Le livre a les caractéristiques d’une tragédie racinienne, avec son unité de temps, de lieu, et la perspective de la mort si le héros sort de la scène, (à l’instar du terrible « sortez » qui condamne Bajazet). L’actualité est interrogée avec finesse, nuances, essaie de décrypter les mécanismes qui engendrent « les sorcelleries du siècle » qui oublient que « le monde après tout n’est qu’un petit campement ». Les imaginaires sont prisonniers, « une crainte invisible baigne les rues », la culture n’est plus communion, « partout dans tout le pays, les grands écrans se sont éteints, c’est pourquoi nous ne rêvons plus ensemble, ce sont les autres qui créent des songes pour nous »… Un texte précieux, bouleversant et profond à méditer.

MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

Je suis seul
Beyrouk
éditions elyzad, 14 €