Digénis Akritas, le héros byzantin croise les routes de la Méditerranée

Attachante épopéeVu par Zibeline

Digénis Akritas, le héros byzantin croise les routes de la Méditerranée - Zibeline

Reprendre le texte du Digénis Akritas, épopée byzantine (que l’on situe entre le IXème et le XIIème siècle de notre ère), tient de la gageure, tant le texte connaît de versions (6), d’incertitudes, mais aussi d’interprétations, de chansons… Le thème du héros à la double ascendance, arabe et byzantine (d’où son nom de Digénis), gardien des limites du pays, vainqueur de dragons, brigands, ennemis sans nombre, beau, solaire, aimé à la folie par des jeunes filles à la taille souple, est populaire dans la tradition orientale, depuis la Grèce jusqu’aux terres slaves… Patrizia Gattaceca s’empare du corpus dans la traduction italienne de Paulo Odorico (une traduction française du même auteur se trouve aux éditions Anacharsis), et, suivant le parcours héroïque du Digénis, en offre sa vision, par un choix d’extraits qu’elle met en musique. Le florilège privilégie la dimension humaine du personnage, sa beauté, son amour pour sa belle, sa maison aux bords de l’Euphrate… les mélodies épousent les textes avec une élégante évidence, tandis que la guitare d’Antoine Leonelli glisse ses subtils contre-chants, adopte le rythme phrygien, revient à la ballade, s’évade sur les territoires des musiques du monde. Les vers sont dits, murmurés, confiés, chantés, en italien, en corse, humus méditerranéen où se tissent les légendes. L’artiste raconte, explique, pose les questions sur l’histoire de ce récit, en extrait des pans lumineux, rend sensibles et proches les différents acteurs, renoue avec notre capacité d’émerveillement. La mort de Digénis, passage obligé, que l’on retrouve dans les chansons populaires, où le héros se bat contre Charon (le passeur des morts et symbole de celle-ci dans la tradition grecque) sur une aire de marbre, devient ici un adieu bouleversant au monde, à sa bien-aimée à qui il demande de vivre. Mais la douleur est trop grande et la terrasse. Les deux époux meurent ensemble… « Vous voyez, ça me fait toujours pleurer » sourit Patrizia Gattaceca. On est le 8 décembre, et c’est une version monodique du Dio Vi Salve Regina d’une rare intensité que livre au public de l’Éolienne cette exceptionnelle interprète compositrice, en hommage à la fête nationale corse. La figure du Digénis, devenue symbole de résistance lors de l’occupation turque de la Grèce, prend ici une nouvelle dimension.

MARYVONNE COLOMBANI
Décembre 2017

Concert donné à l’Éolienne, Marseille, le 8 décembre.  

Photographie : © X-D-R