Retour sur la rencontre littéraire du 16 décembre autour de l'auteur Albert Cossery au MuCEM

Ascèse et désirLu par Zibeline

• 16 décembre 2013 •
Retour sur la rencontre littéraire du 16 décembre autour de l'auteur Albert Cossery au MuCEM - Zibeline

Une fois encore la rencontre littéraire mensuelle du MuCEM était d’une très grande qualité, et a rassemblé peu de public. Espérons qu’Erri de Luca saura faire venir des foules de lecteurs (le 3 février à 19h) !

L’œuvre d’Albert Cossery (1913-2008), pourtant, mérite qu’on s’y attarde. Pour évoquer la figure de l’auteur «égyptien de langue française» comme il aimait à se définir lui-même, son éditrice et amie Joëlle Losfeld et sa traductrice américaine Alyson Waters ont rappelé l’histoire de la réception de ses romans, reconnus en partie grâce à Henry Miller, inscrits dans l’histoire littéraire de Saint-Germain-des-Prés marquée d’existentialisme, mais parlant toujours de l’Égypte. Très éclairante sur son mode de vie, l’éditrice a permis de comprendre la singularité de cet homme qui a toujours refusé de posséder quoi que ce soit même une adresse, une carte de crédit, et de travailler, d’entrer dans le jeu social et la relation d’autorité, parce qu’il voulait être absolument libre.
Puis Nathalie Richard, souveraine et modeste, a offert une lecture de Mendiant et orgueilleux  impressionnante, savamment nuancée et sans effet de manche, faisant découvrir les ambiguïtés d’un roman souvent présenté comme un appel au détachement ascétique, et de fait beaucoup plus complexe que cela. Car si le «héros» Gohar, professeur de philosophie, est devenu Mendiant par choix, abandonnant toute possession matérielle et tout rapport avec l’organisation sociale, s’il entraine dans son sillage un poète puis un policier homosexuel, il est aussi un homme orgueilleux, niant ses pulsions, qui l’ont amené à tuer une prostituée par un mélange de désir refoulé, de besoin de hasch et d’argent. La prose si musicale d’Albert Cossery, le souffle de la comédienne, font entendre ce surgissement du désir et de la pulsion de meurtre, très étrangers au détachement prôné… et agissant comme chez Sartre -la racine dans La Nausée– ou Camus -le couteau dans L’Étranger– au titre d’une épiphanie qui vient contredire le chemin tracé et en révéler le mensonge.
Albert Cossery, réédité régulièrement par Joëlle Losfeld, vaut vraiment d’être relu. Parce que cent ans après sa naissance on peut mesurer à quel point il est singulier : parlant lorsqu’elle n’était pas à la mode de la «Méditerranée», et ancré dans le grand courant français qui a marqué l’histoire littéraire mondiale.

AGNÈS FRESCHEL

Janvier 2014

Cette rencontre-lecture a eu lieu le 16 décembre au MuCEM, Marseille

photo : Albert Cossery © X-D.R

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