Le contraire de Un d'Erri De Luca : mots-refuges d’un écrivain qui sait combler la solitude

Ascension vers l’autreVu par Zibeline

• 13 décembre 2014⇒14 décembre 2014 •
Le contraire de Un d'Erri De Luca : mots-refuges d’un écrivain qui sait combler la solitude - Zibeline

Pour transmettre cinq nouvelles issues du magnifique recueil (autobiographique) d’Erri De Luca, Le contraire de Un, ils sont trois sur le plateau. Un comédien-lecteur au timbre radiophonique (Nicolas Gény), et deux musiciens aux machines (Guigou Chenevier et Cyril Darmedru) qui savent se renouveler. Accompagnés par les contrejours d’Erick Priano et le liant sonore d’Emmanuel Gilot, et par la volonté commune de rester attentifs au monde, le quintet accordé fait battre le souffle puissant des thèmes chers à l’auteur napolitain : la solitude, la rencontre, le combat politique et l’expérience militante, le dépassement de soi… Précise comme la poésie de De Luca, la mise en scène minimaliste aux accents graves, presque froide, table sur la force du récit et de ses évocations imagées, et sur l’association étonnante, et complexe, entre musiques numérique et analogique. L’électro minutieuse de l’un, pilotée derrière un écran-barricade, trouve son écho dans les soubresauts d’un 33 tours (rayé) de Morricone ou d’Arvo Pärt (et autres références sonores finement accumulées dont on aurait apprécié l’historicité moins tacite), ou dans les cavalcades presqu’enfantines d’un piano miniature. Un fil construit entre nostalgie et modernité près des «nuages et giclées de ciel» du poète alpiniste, pour écouter le souvenir de ses années de luttes ouvrières dans l’Italie des années 1960 et sa fuite de jeunesse loin des laves incendiaires («parti pour le rien de mes 20 ans exposés aux bagarres du monde») ; entrevoir ses rêves de révolutions où résonnent au loin nos propres espoirs. Et se délecter de la délicieuse intimité d’un dialogue avec «la jeune fille à la jupe bleue» ou s’émouvoir d’une rencontre éphémère sur les sommets qui aiderait à gravir le sens d’une vie désespérée. Une lecture musicale qui confirme le goût du collectif Inouï Productions pour la littérature (engagée) et la musique (inclassable), à travers les mots-refuges d’un écrivain qui sait combler la solitude.

DELPHINE MICHELANGELI
Décembre 2014

Le contraire de Un s’est joué au théâtre des Halles, Avignon, les 13 et 14 décembre

Photo : Le-contraire-de-Un-©-DE.M.

Théâtre des Halles
4 rue Noël Biret
84000 Avignon
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