Visite de la tour de Frank Gehry, vaisseau amiral de la fondation LUMA Arles

Arles : on en parle – Un archipel arlésienVu par Zibeline

Visite de la tour de Frank Gehry, vaisseau amiral de la fondation LUMA Arles - Zibeline

Arles voit s’agrandir encore son offre culturelle avec l’ouverture de la titanesque Fondation Luma. La ville devient un pôle artistique majeur de la région avec une multitude de propositions estivales.

Elle était attendue mais déjà bien en vue. La tour de Frank Gehry abrite et signale désormais le vaisseau amiral de la fondation LUMA Arles. Découverte mitigée, en attendant la suite

Le projet souhaité par Maja Hoffmann dans les années 2000 est aujourd’hui officiellement sur les rails avec l’inauguration de sa tour griffée Frank Gehry, des bâtiments SNCF rénovés par Annabelle Selldorf, un parc paysager d’esprit méditerranéen ouvert à tous signé Bas Smets. Première construction de grande hauteur depuis l’hôpital Joseph-Imbert en 1974, la coruscante tour-sculpture de pierre, verre et métal est certes surprenante mais pas si innovante. L’empilement torsadé en blocs d’inox  pour capter la lumière exceptionnelle d’ici rappelle-t-on à l’envi, rappelle davantage le 8 Spruce Street à New York que la fondation Vuitton ou le Guggenheim à Bilbao-opus du même architecte-artiste. Mais on se tape des verrières alu convenues qui hachent le regard attiré par les alentours. Au niveau du Drum (la base circulaire du bâtiment), la rotonde de verre fait craindre l’effet de serre peu compatible avec le principe de bio-climatisme, alors que dans le parc le lac sert aussi de régulateur atmosphérique. L’esprit d’innovation est pourtant au cœur du projet LUMA Arles, tels ces parements obtenus à base d’algues et de tournesols ou ces magnifiques murs réalisés avec le sel des Salins-de-Giraud, fâcheusement restreints aux couloirs des ascenseurs ! Empruntons l’immaculée double envolée hélicoïdale de l’escalier couronnée par le photogénique miroir tournant d’Ólafur Elíasson, une des commandes d’œuvres permanentes intégrées dès l’origine à l’édifice. Laissons-nous glisser dans le double toboggan de Carsten Höller, nous immerger dans Danny, une installation multimédia de Philippe Parreno… Du sous-sol tristounet aux étages supérieurs les propositions et les signatures font florès : des archives voulues vivantes pour le futur (Timeline et maquettes du projet) et plusieurs cabinets d’exposition (Annie Leibovitz, Nan Goldin, Diane Arbus…) aux expositions temporaires issues des collections de la famille Hoffmann (The Impermanent Display, Trois générations) et à l’extérieur passant par le parc (difficile d’ignorer le monumental nœud rose de Frank West) jusqu’aux ateliers recevant les expositions temporaires prospectives (Préludes interroge la nature, After Uumwelt de Pierre Huyghe met en présence intelligence artificielle, fourmis et abeilles). Notons une intéressante mosaïque de Kerstin Brätsch qui se prolonge sur le sol extérieur du Café du Parc, proposition plutôt rare dans les lieux d’art contemporain.

Une des œuvres pérennes intégrées dans la tour: Danny / No more reality de Philippe Parreno © Zibeline C. Lorin

Gentrification

Plus qu’un espace muséal, LUMA Arles se veut un laboratoire polymorphe tourné vers les questions actuelles et pourvoyeur de propositions pour le futur, où se croisent écologie, innovation, participation, artistes, chercheurs, public réunis en « archipel » collaboratif selon le mot de Maja Hoffmann. Le geste architectural fort de Frank Gehry incarne ce désir philanthropique un brin galopant. Et l’enthousiasme sera aussi plus mesuré que ceux de circonstances exprimés lors de l’inauguration. Car le projet hoffmannien quasi pharaonique interpelle la question plus générale de la politique publique de la culture vs projets privés. Or, ces derniers occupent de plus en plus le champ de la mission commune, singulièrement ici à Arles dont les habitants sont confrontés au boom immobilier, à des choix de financements publics, à certains modèles de pensée et de valeurs, via une gentrification amorcée dans le sillage des Rencontres de la Photographie, comme on peut le lire dans L’Arlésienne de cet été*. À Arles « la tour qui parle avec le ciel »** saura-t-elle murmurer un peu plus (ou moins) haut aux Arlésien.nes.s ? Du 16 au 18 septembre les LUMA Days invitent à se retrouver pour « discuter du concept de recomposition » (de notre habitat, des ressources, de l’agir ensemble) et faire des propositions. Une occasion de (re)venir à la fondation.

CLAUDE LORIN
Juillet 2021

* L’Arlésienne n°12, été 2021, en particulier « Les spéculateurs de la touristisation », Éric Besatti / « Quelle place prend LUMA ? entretien d’Éric Besatti avec Maja Hoffmann » / « Les institutions d’art contemporain comme outil de domination », entretien de Julien Sauveur avec l’artiste Guillaume Maraud

** « Un été 21 », magazine Arles n°3, édité par Luma Arles

Quelques chiffres

La tour : 56m haut /10 niveaux pour 15 831m2 / 10752 briques en inox
La Rotonde en verre : 2400m2 / 54m de diamètre / 16m de haut / 3600m2 de surface vitrée
La Grande Halle :  5000m2 / 2000m2 de panneaux solaires
Le Parc des Ateliers : 33 793m2 / 150 espèces végétales, plus de 1000 arbres / cogéré avec la Ville, en entrée libre
L’ Étang : 2560m2 / 1553m3 / alimenté par canal de Craponne. Conçu comme un réservoir d’eau pour l’irrigation et un dispositif de refroidissement du site

Entrée libre toute l’année 2021 dans le Parc, la tour et les expositions

Photo : La tour de Frank Gehry vue du lac © Zibeline C. Lorin

luma-arles.org