Graziano Arici et Dorothea Lange au Musée Réattu

Arles : on en parle – 400 photos de profondeurVu par Zibeline

• 20 juillet 2021⇒3 octobre 2021 •
Graziano Arici et Dorothea Lange au Musée Réattu  - Zibeline

Arles voit s’agrandir encore son offre culturelle avec l’ouverture de la titanesque Fondation Luma. La ville devient un pôle artistique majeur de la région avec une multitude de propositions estivales.

Né dans une des villes les plus photogéniques, Venise, en 1949, Graziano Arici a choisi de s’installer en 2012 à Arles, un des hauts-lieux de la photographie internationale. Dès ses débuts professionnels en 1979 pour la presse et les agences, il pose en parallèle les jalons de ses recherches personnelles qu’il continue aujourd’hui de croiser dans de nouvelles formes. Il n’avait que très peu exposé ce travail personnel, hormis il y a quelques années à l’Atelier du Midi, tout près du musée Réattu qui l’accueille aujourd’hui. Daniel Rouvier, directeur du musée, propose une rétrospective qui rassemble plus de 400 tirages en noir et blanc et en couleur agencés en 9 séries thématiques. Disons d’emblée notre regret face à un accrochage bien austère et linéaire, surtout dans la première partie. On nous avait habitué à des présentations sobres mais davantage valorisantes. Cependant la richesse du propos est bien là. « Je ne m’interdis rien » confie un brin amusé Graziano Arici. Dès le début de la visite chacun de ses clichés sollicite un regard appuyé. Le photographe brouille les pistes en entremêlant les techniques des plus traditionnelles jusqu’aux plus récentes (reflex numérique, téléphone mobile -« le Leica du XXIe » affirme-t-il-, scanner, images empruntées au web, réseaux sociaux) et les modes d’approche (reportage, humanisme, plasticité, street-photography…). La prise de vue intuitive recherche un cadrage rigoureux.

Série Le Grand Tour, Rome, 2019, appareil photographique numérique © Graziano Arici

Séries au carré

Suggéré par le moyen format ou le polaroid, le format carré, omniprésent, esquisse un début de narration avec cette première série réalisée à Arles à l’hôtel Nord-Pinus. À l’évocation de son mentor Walker Evans et de ses « objets rejetés », Graziano Arici parle du « repêchage » d’images préexistantes, un procédé mis en œuvre dans la série Angels (2009) où il fait ressurgir des portraits anonymes de plaques de verre négatives trouvées par hasard dans un asile désaffecté près de Venise. Chaque série crée un monde, souvent étrange, énigmatique, parfois sombre. Toutes les photographies rejoindront le fonds du musée au même moment qu’une dotation de très beaux retirages de Dorothea Lange -proposée par Sam Stourdzé, le précédent directeur des Rencontres d’Arles– qui avait su traduire au siècle dernier la détresse des plus démunis aux États-Unis, comme un écho aux chamboulements actuels et au titre de l’exposition de Graziano Arici, emprunté à Shakespeare : «Voici l’hiver de notre colère ».

CLAUDE LORIN
Juillet 2021

Jusqu’au 3 octobre
Now is the winter of our discontent, Graziano Arici
Les raisins de la colère – La donation Sam Stourdzé, Dorothea Lange
Musée Réattu, Arles
04 90 49 37 58 museereattu.arles.fr

Photo : Série The State of Things, Moscou, 2016, téléphone portable © Graziano Arici

Musée Réattu
10 rue du Grand Prieuré
13200 Arles
04 90 49 37 58
http://www.museereattu.arles.fr/