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Critique du film Passer l'hiver d'Aurélia Barbet avec la lumineuse Gabielle Lazure

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Critique du film Passer l'hiver d'Aurélia Barbet avec la lumineuse Gabielle Lazure - Zibeline

Très gros plan. Une femme souligne d’un trait brun le contour de ses yeux clairs, rougit ses lèvres pâles. Détails des vaisseaux de l’œil, des imperfections de la peau, de l’affaissement d’un visage sans botox : c’est le début du film. La femme a la cinquantaine, se prénomme Claire : c’est Gabrielle Lazure, lumineuse et douce, qui l’incarne. Sa mère se meurt. Un deuil plus ancien, dévastateur, a tout emporté. Claire est absente, arrêtée, «flottante» dans la lignée de la Wanda de Barbara Loden ou de certaines figures durassiennes. Elle travaille dans une station-service avec Martine, une jeune collègue, interprétée par Lolita Chammah.
Aurélia Barbet va faire «passer l’hiver» à ces deux femmes par une nuit de Saint-Sylvestre, où tout bascule pour l’une et pour l’autre, où la vie, sur un enregistrement live d’Elvis Presley, se remet inexorablement en mouvement. L’une suit un inconnu pour aller voir la mer et y reste quelques jours. L’autre part à sa recherche, enquête, quête, se glisse peu à peu dans la peau de l’autre et au bout du compte, se trouve elle-même en la retrouvant. Deux parcours parallèles, convergents puis sécants, soulignés par le montage. Deux parcours vers une renaissance. De l’eau de mort à l’eau de vie associée au bain-baptême final. La réalisatrice, pour son premier long métrage, a adapté librement un récit très court d’Olivier Adam, Nouvel an, tiré du recueil Passer l’hiver qui donne son titre au film. Elle y a reconnu un univers proche du sien. Le scénario co-écrit avec Christophe Cousin travaille, avec finesse, les creux du texte d’Adam, étoffe les personnages au bord de la rupture sur leurs lignes de faille. Être au monde, avec, sans, parmi, à la place de, être soi, être autre. Le thème se décline sans bavardage, par le geste, la posture, dans la variation des éclairages, des couleurs : blancheur crue de la station-service, vert de la chambre d’hôpital, roux miellé de l’appartement de Martine, rouge des tentures de l’hôtel des Bains, de la Lada de Claire, déclinaison des bleus : bleus-bruns des nocturnes, bleu-électrique de la boîte de nuit, bleu ombré de la piscine, bleu-grisé de la plage bretonne. Aurélia Barbet signe ici un film prometteur qui ne manque ni de charme, ni de subtilité.

ELISE PADOVANI
Janvier 2014

Ecouter ici l’entretien de la semaine avec la réalisatrice Aurélia Barbet sur la Web Radio Zibeline

Photo : Passer l’hiver d’Aurélia Barbet