Auquarela, véritable film-poème de Victor Kossakovsky

Aquarela – L’Odyssée de l’eauVu par Zibeline

• 5 février 2020⇒12 février 2020 •

Si, comme l’écrit Bachelard : « Seules l’imagination matérielle et l’imagination dynamique peuvent donner de véritables poèmes » alors à n’en pas douter Aquarela de Victor Kossakovsky est un vrai poème, tiraillant son spectateur entre sidération et effroi, envoûtement et vertige. Le maître russe, pour lequel le cinéma n’a nul besoin de raconter une histoire car il est l’art lui-même, offre ce film, tourné en 96 images seconde, soutenu par une bande son créée à partir de bruits réels et par le martèlement de la partition du violoncelliste finlandais Eicca Toppinen. Un film étiqueté comme ses précédents : documentaire – faute de mieux. Aquarela commence sur le lac Baïkal où le réchauffement climatique a provoqué la fonte précoce des glaces. Sur une surface qui se dérobe sous leur poids, des sauveteurs extraient des véhicules un à un qui s’y sont engloutis. Paysage d’une beauté à couper le souffle, balayé en plans larges, de gauche à droite, de bas en haut. Déclinaison de l’eau multiforme, concentrée en îlots neigeux à la dérive, en blocs brisés, en grandes vagues sombres, ou s’abîmant en grandioses avalanches. L’élément solide ou liquide se révèle en gros plans picturaux. Craquelé, plissé, drapé, poli, dans une palette allant du blanc et bleu étincelants, au gris-noir moiré. La caméra rase les surfaces, plonge sous l’eau, s’élève au-dessus, s’immobilise, joue sur les profondeurs de champ, le net et le flou, provoquant une perte de repères. Les hommes paraissent, dans ce monde, un peu comme des intrus. De la Sibérie et du Groenland, L’odyssée de l’eau – sous-titre du film – nous entraîne à Miami dans le sillage de l’ouragan Irma. Les images se teintent de feu et des damnés, mains en avant, passent sous les trombes d’eau comme des personnages de Bill Viola. Victor Kossakovsky ne finit toutefois pas son film-poème sur cette puissance destructrice mais sur un arc en ciel, et si la dernière séquence est consacrée à une chute d’eau – Angel Falls au Venezuela – la cascade est prise en contre plongée, pour un mouvement du regard ascendant. Très fort !

ELISE PADOVANI
Janvier 2020

Aquerela – L’odyssée de l’eau de Victor Kossakovsky sortira le 5 février (1h29)

Photo : © Damned Distribution