Le Mémorial des déportations accueille à Marseille une exposition sur les Résistants

Apprendre des insurgésVu par Zibeline

• 4 février 2022⇒18 novembre 2022 •
Le Mémorial des déportations accueille à Marseille une exposition sur les Résistants - Zibeline

Le parcours impressionnant de huit Résistants exposé à Marseille.

Le Mémorial des déportations se renouvelle. Ce blockhaus, construit en 1943 par l’Organisation Todt, groupe de génie civil et militaire du Troisième Reich, a longtemps été fermé au public, n’offrant aux marseillais et aux touristes circulant sur le front de mer que sa façade sinistre, en contrebas du fort Saint-Jean. Le bâtiment a rouvert et accueille, jusqu’au 18 novembre, l’exposition Résistants, une génération oubliée. Un bel écho à celle que l’on peut voir au Camp des Milles, Comment l’extrémisme veut tromper le peuple. Ainsi que le formule Bernard Mossé, commissaire de cette dernière, à propos de l’idéologie fasciste, « il s’agit d’un “résistible engrenage” : on peut lui résister et beaucoup l’ont fait ».

Coûte que coûte contre le nazisme

C’est à la rencontre de ces hommes et ces femmes, souvent très jeunes, qui se sont insurgés durant la Seconde Guerre mondiale, que le Mémorial des déportations invite. Ou du moins, de huit d’entre eux. La photographe Sand Arty a réalisé en 2011 une série de portraits de résistants, la plupart centenaires au moment où elle a fait leur connaissance. Georgette Martin, ouvrière de son état, était agent de liaison au sein du réseau Abbé Blanc. Déportée à Ravensbrück, elle y sabota les obus de canon qu’elle et ses compagnes devaient produire. Elle est morte à 108 ans, peu de temps après avoir posé devant l’objectif de l’artiste. Pierre Dupuy s’est engagé dans la Résistance à l’âge de 18 ans, sa lecture de Mein Kampf lui ayant ouvert les yeux sur le nazisme. Arrêté, il partagea la cellule de Raymond Aubrac, avant d’être déporté à Buchenwald. À la sortie du camp, il ne pesait plus que 36 kilogrammes. Roger Tardivel, condamné à mort par la Gestapo pour cause de détérioration de moyens de défense, s’est évadé d’un camp de travail. Mais aussi Eva Tichauer, réfugiée politique juive allemande, qui survécut à Auschwitz, François Grieguez, Républicain espagnol, Nicole Joubert, engagée auprès des Francs-tireurs, Marius Rossi, arrêté pour rébellion, Paul Aquatila, maquisard du Vercors. Chacun, à sa manière, a opposé un ferme refus aux dérives totalitaires, avec un courage physique et moral face au danger qui force l’admiration. « Il en fallait, aussi, pour résister à l’enfer concentrationnaire », expliquait Laurence Garson, responsable du Mémorial, lors de la visite de presse. Car si l’on honore particulièrement ceux qui ont pris les armes, tels qu’on les voit sur les images agrandies du fonds Julia Pirotte qui ornent les murs du blockhaus, il ne faut pas négliger la ténacité du quotidien nécessaire en temps de guerre, les prouesses discrètes des petites mains de la Résistance, l’audace alliée à la chance des survivants des camps. Voilà de quoi inspirer aujourd’hui, quand les extrémismes menacent. Selon les mots de Lucie Aubrac, « résister doit toujours se conjuguer au présent ».

GAËLLE CLOAREC
Février 2022

Résistants, une génération oubliée
jusqu’au 18 novembre
Mémorial des déportations, Marseille
04 91 55 36 00 musees.marseille.fr/memorial-des-deportations

Photo : Résistants – Image du fonds Julia Pirotte -c- G.C.