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Vu par Zibeline

Programme de textes inédits à l’IMMS, joués par de jeunes comédiens. Lear d'Edward Bond à venir

Apprendre à jouer

• 17 avril 2019⇒19 avril 2019 •
Programme de textes inédits à l’IMMS, joués par de jeunes comédiens. Lear d'Edward Bond à venir - Zibeline

Un vivier formidable d’apprentis comédiens existe, qui aime les textes, la création et la marionnette.

Le programme était inédit et accrocheur à l’IMMS (Institut Méditerranéen des métiers du spectacle situé à la Friche), avec des textes de théâtre contemporains mis en espace par des élèves de l’Université Aix-Marseille (AMU) et ceux de 2e année de l’ERACM (Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille). Ces jeunes gens se frottent chaque année à des textes surprenants, choisis depuis maintenant 10 ans par un comité de lecture (AREC) qui réunit des étudiants et des professionnels du théâtre. Des textes sélectionnés parmi une multitude d’inédits.

Lyrique et érotique

Trois groupes d’étudiantes de Master 2 ont propos des  mises en lecture d’extraits de Poème bleu-Nikhol sous la surface de l’eau de Samaël Steiner, coordonnées par Michel Cerda. Texte qui évoque le chant des méduses, le sable et la couleur bleue avec lyrisme. Puis sept comédiens de l’ERACM (ensemble 27), dirigés par Nadia Vonderheyden, ont joué un texte d’une grande violence érotique de Dimitris Dimitriádis (2007), Ton plus extrême désir. Jouant assis, ils réussissent la performance de tenir le spectateur en haleine tout le long du spectacle. Dimitriàdis exprime les fantasmes de personnages issus de catégories sociales différentes et emprisonnés, semble-t-il, par des révolutionnaires dont on entend les rumeurs à l’extérieur. En quête de jouissance, ce sont leurs mots crus et les évocations de situations sans équivoque qui les amènent à l’orgasme. Tout passe par le langage, détruisant les conventions sociales. Le sexe permet-il l’égalité ou reconstruit-il une autre domination ? Comme le dit la metteure en scène : « Arrive la question politique d’être ensemble. »

Comédie et conte

Autre texte encore plus délirant, Les chroniques de Peter Sanchidrián, de l’espagnol Jose Padilla. Avec sept autres comédiens de l’ensemble 27 et mis en espace par un ancien de l’ERACM, Ferdinand Barbet. La fin du monde est annoncée. Quelques personnes doivent embarquer dans un vaisseau spatial pour sauver leurs vies en quittant la terre, et les spectateurs font partie du voyage. Mais la machine se dérègle… S’ensuivent des séquences échevelées qui se succèdent à grande vitesse et de façon loufoque ; impossible de suivre ces anecdotes invraisemblables où il est question de résurrection, de patte de singe empaillé qui permet d’exaucer trois vœux comme dans les contes, de clones… Le spectateur se laisse porter, on rit beaucoup et les acteurs sont épatants !

À Avignon le même ensemble 27 s’essayait à la marionnette, pour une « restitution d’atelier » dont on espère qu’elle deviendra spectacle : le Cendrillon de Pommerat est un bijou d’écriture et de compréhension subtile des enfants cabossés par le deuil. Sylvie Osman (Arketal) a appris aux comédiens à devenir manipulateurs, à partager le jeu, les personnages, à projeter les gestes sur ces corps de bois, magnifiques, qui peuvent faire virevolter leur tête mais n’ont pas parfois pas de jambes… La marâtre est odieuse à souhait (à quand un conte qui donnera sa chance aux belles-mères ?), Cendrillon touchante, et la distanciation produite par l’animation des corps inanimés rend naturelle cette projection dans l’étrange atemporalité du conte.

Leur avenir ?

La formation de ces jeunes gens à la lecture, au jeu, à la marionnette, est impressionnante. Mais dans un contexte de forte restriction des financements culturels, on s’inquiète pour eux : vont-ils pouvoir fonder des compagnies, intégrer un régime d’intermittence une fois de plus mis à mal, dénicher des contrats qui se raréfient ? C’est tout le paradoxe de cette école supérieure d’excellence.

L’Ensemble 26, les troisièmes années, se produiront en avril en créant Lear d’Edward Bond. Ils continuent de tourner le magistral Il pourra toujours dire que c’est par amour du prophète créé au Festival d’Avignon l’an dernier. Ces jeunes comédiens, encore élèves, ont leur place sur les scènes. Qu’en sera-t-il lorsqu’il faudra les payer ?

CHRIS BOURGUE et AGNÈS FRESCHEL
Mars 2019

Ces spectacles ont été proposés du 28 au 30 mars à l’IMMS, Marseille, et les 2 et 3 avril à la Maison Jean Vilar, Avignon.

À venir
Lear
17 au 19 avril
IMMS, Marseille
04 95 04 95 78 eracm.fr

Photo : Les chroniques de Peter Sanchidrián © Olivier Quéro
Photo 2 : -c- Cie Arketal


Maison Jean Vilar
8 rue de Mons
84000 Avignon
04 90 86 59 64
www.maisonjeanvilar.org