Vu par Zibeline

L'actualité, matière du nouveau roman de Vincent Borel, Fraternels

Apocalypse joyeuse

• 13 octobre 2016⇒15 octobre 2016 •
L'actualité, matière du nouveau roman de Vincent Borel, Fraternels - Zibeline

« En cette nuit du 18 juin embaumée de tilleuls, François-Joseph de La Finistière s’apprête à pisser, d’un jet dru, sur la flamme éternelle de la Résistance. » Ainsi débute Fraternels, le huitième roman de Vincent Borel. Par ce geste foutraque et très antirépublicain. Filmée par un Ifon11 version souple, la scène ne tardera pas à faire le tour du monde via les réseaux sociaux… ce qu’il faut empêcher à tout prix, eu égard à l’illustre famille du jeune décadent. Cette  fracassante entrée en matière, le romancier dit en avoir eu l’idée après avoir lu une brève dans un journal. De même, c’est dans la presse qu’il a trouvé la plupart des faits et des personnages dont il nourrit ce torrentueux roman d’anticipation (même celui de Yaqut, le jeune prophète homosexuel et séropositif, qui pratique le djihad d’amour !). En prenant parfois à peine le soin de modifier les noms. En transformant cette matière journalistique (patiemment collectée depuis plusieurs années) en une fiction échevelée et libertaire. En lâchant la bride à son imagination et en entraînant avec lui le lecteur aux quatre coins de la planète. Des tours de La Défense (où se déchaînent les appétits capitalistes) aux Andes, de Tchernobyl à la vallée du Rhône, des vallées cachées de l’Afghanistan aux steppes glaciales de Sibérie. Au fil de quatre saisons, on caracole à la suite des nombreux protagonistes (sans jamais s’y perdre pourtant). Et ce n’est sans doute pas pour rien que le roman s’achève au printemps. Printemps d’un renouveau, après que tous les monstres contemporains –oligarques, hommes d’affaires et politiques corrompus, djihadistes… – ont été décimés, et que les humains peuvent à nouveau vivre d’amour, de livres et de bons produits. On peut sourire à la naïveté de cette peinture d’un monde qui prendrait conscience qu’il va dans le mur et arriverait à inverser le cours des choses (d’ailleurs, dans le roman, le temps lui-même s’inverse au Pérou). On peut être agacé, parfois, de certains passages un peu bavards et pleins de bons sentiments. N’empêche, cette lecture fait du bien. Une fiction post apocalyptique, certes, mais pleine de lumière. Souvent rabelaisienne, ce qui ne gâte rien. Et émaillée de très belles descriptions de la nature et du monde. Un monde qu’on a soudain envie de regarder autrement.

FRED ROBERT
Octobre 2016

Vincent Borel    Fraternels
Éditions Sabine Wespieser,   26 euros

Vincent Borel sera présent dans la région du 13 au 15 oct, invité par l’association Libraires du Sud dans le cadre d’Automne en librairies.

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