Baobabs, une saga du monde contemporain par la compagnie Grenade

Apocalypse, ironie et yogaVu par Zibeline

Baobabs, une saga du monde contemporain par la compagnie Grenade - Zibeline

La seule visibilité possible du travail des artistes reste celle des captations sans public. Le Grand Théâtre d’Aix-en-Provence offrait son plateau à Baobabs, la nouvelle création de la chorégraphe Josette Baïz (lire journalzibeline.fr/programme/les-enfants-pour-sauver-le-monde/) avec les plus jeunes représentants (entre huit et treize ans) de sa troupe Grenade. Ils avaient déjà dû répéter durant le premier confinement par zoom et voyaient annulées les représentations de novembre. La captation effectuée par la compagnie permet de donner un ancrage à leur travail, en attendant 2021.

Dès l’ouverture, le cadre poétique est posé, les voix enfantines, parfois espiègles, s’emparent des textes des poètes et de ceux concoctés avec Dominique Duby. Le fond de scène se peuple d’images qui rendent compte des beautés de la planète et des destructions qu’elle subit : tremblements de terre, feux de forêt, banquise qui s’effondre, pollution plastique des mers, montagnes de déchets au milieu desquelles se dessine la silhouette d’un enfant… Les musiques de Thierry Boulanger épousent les émotions, les colères, les accalmies, en un métissage qui correspond à celui de la danse. Les gestes s’approprient avec une élégante fluidité genres et origines. Avec une époustouflante présence, les jeunes danseurs interprètent avec un talent fou les saynètes de ce patchwork qui arpente les états du monde : solos bouleversants de conviction, ensembles énergiques, retracent exodes, vie trépidante des villes, révoltes, indignations, solidarités. Pas de concession, les adultes sont mis en accusation, un quizz ludique évoque les chiffres terribles des dégâts déjà commis, espèces disparues, continent de plastique -cinq fois la superficie de la France. Le corona virus entre en scène, tel une conséquence logique des exactions perpétrées à l’encontre de la Nature. Le « Bon courage » lancé par chacun des danseurs au public est teinté d’une ironie tragique. Leur réponse est poétique : le recentrage sur soi en un cours de yoga collectif pourra-t-il réconcilier le monde et rendre à la chaîne humaine la force des baobabs ?

MARYVONNE COLOMBANI
Novembre 2020

Baobabs a été vu le 11 novembre, capté au GTP, Aix-en-Provence, où il sera créé les 2 & 3 mars 2021

Photographie : Baobabs © Olga Putz

Grand Théâtre de Provence
380 Avenue Max Juvénal
13100 Aix-en-Provence
08 2013 2013
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