Vu par ZibelineJulien Bouffier déplace Antigone à Beyrouth

Antigone au pied du mur

Julien Bouffier déplace Antigone à Beyrouth - Zibeline

Depuis deux ans, Julien Bouffier entretient une relation étroite avec Antigone. Il y a eu Andy’s gone, créé en 2017, version du mythe adaptée par l’auteure québécoise Marie-Claude Verdier, commandée par le metteur en scène pour un public spécifiquement adolescent. Dans le réfectoire d’un collège de Béziers, on l’avait beaucoup appréciée. On attend, curieuse et confiante, la seconde partie de l’aventure, à voir au Théâtre Jean Vilar de Montpellier en janvier prochain. L’artiste nourrit depuis bien plus longtemps encore un rapport affûté avec la vidéo, qu’il invite sur scène dans la plupart de ses spectacles, lui donnant autant le statut de document que celui d’élément plastique à part entière. C’est avec ces trois muses, l’héroïne tragique, l’image, et la réalité documentaire qu’il aborde Le quatrième mur, adapté du roman de Sorj Chalandon. Antigone (celle d’Anouilh) est ici déplacée à Beyrouth, en pleine guerre civile, tandis que Samuel, mourant (Alex Jacob, qui est aussi le compositeur et l’interprète de la musique), en confie la mise en scène à une amie (Vanessa Liautey, également dans les deux Andy’s gone). Elle part donc, lourde de cette responsabilité, mais convaincue de la force de cet acte militant, réunir les confessions et les histoires des comédiens libanais : « Ce sera tellement beau que les fusils se baisseront ». Commence alors un long et pénible périple : le dispositif, tout en écrans, niveaux multipliés de lecture entre réalité et fiction, profondeur de chant incitant à la prise de recul, ne réussit pas à alléger le propos, qui se noie dans les références, les noms, les faits, les subtilités du mythe. Les phalangistes, les Palestiniens, les juifs, les dieux, ceux du Livre ou de l’Olympe, ont chacun leur moment, mais tandis que l’héroïne tente de rassembler tout le monde sous la bannière d’un théâtre universel, tout demeure tristement épars, le lien entre les comédiens filmés à Beyrouth et le direct du plateau peine à advenir, et la confrontation avec la guerre est presque complaisante, ou au moins très maladroite. Malaise devant le quatrième mur.

ANNA ZISMAN
Novembre 2019

Photo ©Marc Ginot

Le quatrième mur a été joué au Théâtre Molière, scène nationale de Sète, le 17 octobre

Scène Nationale de Sète et du Bassin de Thau
Avenue Victor Hugo
34200 Sète
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