Vu par ZibelineRadicalité, sacrifice et liberté : Andy’s gone s'est joué à Montpellier

Andy dit oui

Radicalité, sacrifice et liberté : Andy’s gone s'est joué à Montpellier  - Zibeline

« Le prince Henri est mort ce matin ». La reine l’annonce à son peuple, tapis à ses pieds dans le noir des hautes murailles de la cité. Les spectateurs, ses sujets, groupés sur le plateau, se laissent frôler par les allers et venues de Régine, altière, qui leur demande d’observer une minute de silence à la mémoire de son fils. La pièce n’a pas commencé depuis 5 minutes, et déjà, le beau visage de Vanessa Liautey est strié de larmes. Sa voix nous parvient dans un casque, qui diffuse aussi en continu la composition musicale de Jean-Christophe Sirven. Distance et proximité sont ainsi intimement liées : position surplombante, voix susurrante qui s’immisce dans nos têtes, isolement au pouvoir, déplacements qui sont autant de piétinements que de trébuchements parmi les auditeurs. Si on enlève le casque, c’est la fragilité qui de loin l’emporte ; la reine n’est plus qu’une mère qui pleure son fils, la souveraine n’est plus qu’une femme aux abois qui ne sait pas comment défendre son peuple contre les assauts de réfugiés aux portes de la ville. C’est bien pour cela que dans cette monarchie inspirée de celle de l’antique Thèbes, le filtre du son artificiel est imposé à tous.

Julien Bouffier (Cie Adesso e Sempre) met en scène un texte en deux partie commandé à la jeune auteure québécoise Marie-Claude Verdier, qui emprunte à l’Antigone d’Anouilh, quelque chose qui parle de radicalité et de raison d’État, de sacrifice et de liberté. Régine est Créon, celle qui veut sauver les apparences et le pouvoir, Allison (Manon Petitpretz) est la révoltée, celle qui enfreint les lois. Duo incandescent, fin tragique, langue puissante et contemporaine, avec des accents qui réveillent le mythe : la jeune fille était amoureuse du prince, une passion qui n’était pas juste « un petit amour cute ». On la comprend : dans un second temps qui s’engage dans un registre habilement allégorique, le voilà qui surgit (Maxime Lélue), grimé en David Bowie halluciné et gravement habité par un esprit de « fucking révolution ». Alors tous les espoirs sont permis.

ANNA ZISMAN
Janvier 2020

Andy’s gone 1 (créé en 2016, lire ici) & Andy’s gone 2 – la faille (créé au Théâtre Jean Vilar) a été joué du 8 au 10 janvier au Théâtre Jean Vilar de Montpellier

Photo : © Marc Ginot

Théâtre Jean Vilar
155 rue de Bologne
34080 Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr