Concert Hommage à Maria Curcio au Festival de Salon

Anciens élèvesVu par Zibeline

Concert Hommage à Maria Curcio au Festival de Salon - Zibeline

Le festival international de Salon s’inscrit entre autres qualités dans une démarche de transmission, les musiciens plus aguerris accueillent les jeunes talents, leur offrent la scène, et tous les âges se retrouvent sur le plateau ; seul le talent et les affinités électives priment.

Aussi, tout naturellement, ces artistes moult fois primés, reconnus internationalement, savent se retourner, et rappeler l’importance de ceux qui leur ont donné les clés de leur art. Le 3 août, la cour du château de l’Empéri rassemblait les interprètes du festival pour un hommage à celle qui en fut longtemps l’âme, Maria Curcio, merveilleuse interprète et professeur de piano. Les trois pianistes sur scène firent partie de ses « anciens élèves », Éric Le Sage, Marie-Josèphe Jude, Albert Guinovart. On entendit de ce dernier quelques extraits – bissés avec enthousiasme – de son œuvre Les Aventures de Monsieur Jules Verne, réorchestrée par le compositeur pour le sextet du jour, Emmanuel Pahud (flûte), François Meyer (hautbois), Paul Meyer (clarinette), Gilbert Audin (basson), Benoît de Barsony (cor), Albert Guinovar (piano).

Trois mouvements étaient offerts à l’écoute, Voyage au centre de la terre, Le rayon vert, Le Tour du monde en quatre-vingts jours. Certes, la musique ne cherche pas à suivre à la lettre les héros de l’auteur nantais, mais elle saisit avec une éloquente justesse l’esprit de ses romans, convoque les réminiscences de lectures, frôle les gouffres, s’éprend d’onirisme scientifique, concède sa place à une petite bluette, arpente le monde par ses couleurs musicales, accélère le pas, joue d’expédients et d’espièglerie avec Passepartout, remporte son pari colossal dans le bouillonnement joyeux des instruments. Un cinéma d’émotions se déploie dans cette création vivifiante.

Auparavant, Marie-Josèphe Jude et Éric le Sage conversaient avec esprit dans la Sonate pour deux pianos en ré majeur de Mozart. Assaut de phrasés savants, paroles coupées, reprises, échos, canons, registres qui s’opposent, s’achèvent avec une éblouissante vivacité. Selon la British Epilepsy Organisation, l’écoute de cette œuvre nous rendrait plus intelligents… un autre « effet Mozart », mais que n’attend-on pas de lui ? Certains même considèrent que cette sonate a des effets d’antidépresseur… Bref, que d’arguments pour ramener les publics dans les salles !

Quoi qu’il en soit, cette pièce composée par le maître Mozart pour un duo avec son élève, Josepha Auernhammer, renvoie à la beauté de la transmission, à une complicité fructueuse où le premier accorde au second les capacités d’une expression accomplie.  Éric le Sage était rejoint ensuite par Albert Guinovart dans la Fantaisie pour quatre mains en fa mineur de Schubert. Contrastes abrupts, reflets, nous font passer de la joie à la tristesse, l’une s’imprégnant de l’autre en une grâce poignante. La virtuosité du Quatuor avec tambour H.139 de Bohuslav Martinů entraînait Paul Meyer, Benoît de Barsony, Aurélien Pascal (violoncelle) et Emmanuel Curt (caisse claire) dans une frénésie où tempi, registres, se heurtent, traversés de fulgurances.

Pas le temps de se remettre, le Quintette fantaisie de Ralph Vaughan Williams porté avec passion et maestria par les violons de Daishin Kashimoto, Natalia Lomeiko, les altos de Yuri Zhislin et Joaquin Riquelme García, le violoncelle de Claudio Bohόrquez, séduit par sa liberté, propose à l’alto une place de premier plan tout en laissant de sublimes solos au violon et au violoncelle, enserrant dans son orbe danses mélodies bouillonnantes, délicats alanguissements. Enfin, la Piccola Offerta Musicale de Nino Rota, en court intermezzo (quatre minutes) servie par Emmanuel Pahud, François et Paul Mayer, Benoît de  Barsony, Gilbert Audin, charmait par sa lumineuse évidence, son caractère enjoué et sa dense expressivité. Bonheurs !

MARYVONNE COLOMBANI
Août 2020

Concert Hommage à Maria Curcio le 3 août, château de l’Empéri, Salon
Festival international de musique de chambre de Provence

Photographies © Jael Travere