Dans le cadre de la reprise de la semaine de la Critique à Marseille, Les Amours d'Anais de Charline Bourgeois-Tacquet

Anaïs et ÉmilieVu par Zibeline

Dans le cadre de la reprise de la semaine de la Critique à Marseille, Les Amours d'Anais de Charline Bourgeois-Tacquet - Zibeline

Elle court, Anaïs dès la première séquence, dans les rues, dans l’escalier de son appartement dont elle a du mal à payer le loyer. L’échange avec sa propriétaire venue le lui réclamer est incroyable ! Mais la vie à deux c’est trop difficile, et bien qu’elle aime Raoul (Christophe Montenez) elle le quitte. Elle a trente ans, un âge angoissant, celui des choix de vie. Vivre en couple, avoir des enfants ? Elle est enceinte de sept semaines d’ailleurs et a décidé d’avorter sans consulter un Raoul ulcéré. Elle ne veut pas d’enfant, point. Elle est en train d’écrire une thèse en littérature. Elle rencontre un éditeur, Daniel (Denis Podalydès), marié depuis douze ans avec Emilie, écrivaine (sensuelle Valeria Bruni Tedeschi). La jeunesse d’Anaïs plait à Daniel. Elle couche avec lui, sans rester toute la nuit car elle n’aime pas dormir avec des gens, Anaïs ! Elle rend visite à ses parents, et apprend que sa mère fait une rechute, après un cancer. Elle ne s’apitoie pas, veut croire que tout ira bien : car consciente de la fragilité de la vie, elle souhaite profiter du  présent, être heureuse, suivre son désir. « Je veux être quelqu’un d’intéressant » clame-t-elle elle à ses parents. Ses soucis d’argent ne se réglant pas, elle sous-loue son appartement à des touristes coréens, éberlués d’entendre ses états d’âme. En effet elle dit tout haut tout ce qui la traverse, et cette logorrhée amplifie le côté tourbillonnant de son personnage en perpétuel mouvement. Anaïs s’installe chez Daniel dont la femme est en Bretagne pour un colloque. Curieuse de connaitre cette écrivaine, attirée par un portrait photo de dos, une nuque, une chevelure, elle se rend au séminaire alors qu’elle devait rencontrer son directeur de thèse !  « Vous êtes qui, Anaïs ? D’où vous sortez ? » l’interroge Emilie dont elle est parvenue à faire la connaissance… « Je crois qu’on se ressemble », lui répond-elle. Mais sait-elle vraiment ce qui la pousse vers cette femme ?…

Anaïs Dumoustier incarne avec une grande justesse cette jeune femme qui va de l’avant, fonce, bouge, désire. La caméra de Noé Bach la suit dans ses courses, souvent en plans séquences et a su saisir l’émotion de son visage, filmer le désir et la sensualité des corps. Les Amours d’Anaïs,  premier long métrage de Charline Bourgeois -Tacquet, qui a été présenté en séance spéciale pour les 60 ans de la Semaine de la Critique, est un film léger et grave à la fois, comme on peut l’être à trente ans. Il sort en avant-première à Marseille, le 10 septembre à 20h au cinéma les Variétés, en présence de la réalisatrice, et en salles  le 15 septembre.

ANNIE GAVA
Septembre 2021

Photo : Les Amours d’Anaïs © Haut et Court