ANA, le "A nos amours" de Pialat transposé au théâtre

ANA t’aimeVu par Zibeline

ANA, le

Dans un huis clos sur les relations intrafamiliales, Laurent Ziserman livre sa version théâtrale du À nos amours de Maurice Pialat.

L’adaptation d’un film en pièce de théâtre est beaucoup plus rare que la réciproque. Fasciné depuis sa jeunesse par le cinéma de Maurice Pialat, Laurent Ziserman accomplit son rêve de monter À nos amours, presque quarante ans après la sortie du long métrage et d’après le scénario original qui l’inspira, Les filles du faubourg d’Arlette Langmann. Intitulée ANA, la pièce transpose davantage l’univers dramaturgique tourmenté de Pialat qu’elle ne cherche à ressembler au film qui a révélé Sandrine Bonnaire. Toute tentation d’analogie est hors de propos. Dans cette introspection de la cellule familiale, Ziserman campe lui-même le rôle d’Antoine, interprété sur la pellicule par le réalisateur en personne. Un père artisan d’art (et non plus fourreur) acariâtre, dont les relations avec son épouse et ses enfants n’expriment que tensions et incompréhensions. Ses discussions avec Vincent, le fils joué par Benoît Martin, se répètent à en devenir stériles sur une supposée prédominance de la peinture sur le cinéma alors que le jeune homme se lance dans la réalisation d’un premier film à forte connotation autobiographique. La mère et épouse Monique, incarnée par Magali Bonat remarquable de névrose et de désespoir, semble dévastée par l’abîme qui se creuse inexorablement entre elle et les autres membres du foyer. Particulièrement avec sa fille Suzanne, qui traverse une adolescence tempétueuse. La talentueuse Savannah Rol incarne une Suzanne impulsive, autant minée par le mal-être que par le mal-aimer. La jeune fille en transition vers le monde adulte explore sa relation aux hommes. Relation conflictuelle à la maison, obsessionnelle et insatiable dans la sphère intime, elle y consacre sa quête d’émotions. Contrairement au film, les expériences amoureuses de Suzanne ne prennent pas corps sur le plateau, mais sont évoquées à travers la vidéo et via un écran. La disparition brutale d’Antoine au flou entretenu -est-il mort ou a-t-il refait sa vie comme le laissera entendre une séquence vidéo ?- va exacerber la fragilité psychologique des personnages. Derrière les cris, les pleurs et la violence, c’est d’amour dont il est question. De soi, mais dont il faut se convaincre. Des autres, mais qui ne s’exprime pas ou avec maladresse. 

LUDOVIC TOMAS
Février 2021

Ana a été joué les 20 et 21 janvier au Théâtre La Criée, à Marseille, devant un public restreint aux professionnels.

Photo : À nos amours © Florian Bardet

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/