Le pianiste Christophe Sturzenegger parcourt élégamment l'oeuvre de Richard Strauss

An einsamer QuelleVu par Zibeline

Le pianiste Christophe Sturzenegger parcourt élégamment l'oeuvre de Richard Strauss - Zibeline

On ne célèbrera jamais assez l’œuvre immense, multiple et passionnante de Richard Strauss. On sait donc gré à Christophe Sturzenegger, pianiste, corniste, chef d’orchestre et compositeur suisse, qui n’a pas encore en France la réputation qu’il mérite, d’avoir élaboré ce très beau programme, qui rappelle comment le compositeur de pièces sautillantes, sucrées, lyriquissimes aura atteint, en fin de parcours, un sens de la mélancolie et une profondeur à nul autre pareil. Pour ce faire, le pianiste entremêle des pièces de jeunesse pour piano où résonne encore l’influence de Schumann -les Klavierstücke opus 3 et les Stimmungsbilder opus 9, composées à l’âge de seize et dix-sept ans- et des transcriptions. Effectuées par Otto Singer, Max Reger et Christophe Sturzenegger lui-même -sur l’Andante qui n’a de posthume que le nom- celles-ci enrichissent le programme d’une virtuosité peu prisée par le compositeur. Et dressent, l’air de rien, des ponts entre leurs factures certes différentes, mais surtout leur redoutable intuitivité mélodique et harmonique. L’opus s’ouvre sur la valse du Rosenkavalier, à la théâtralité toute calculée. Quelques pièces plus tard, les Lieder terrassants (Morgen et Allerseelen) se font entendre, et avec eux une tendresse inaltérable. La cohérence du tout, et sa perfection technique, laissent admiratifs.

SUZANNE CANESSA
Février 2021

An einsamer Quelle
Christophe Sturzenegger
Klarthe, 15 €