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Vu par Zibeline

Un bel Amphitryon présenté au Théâtre Jean Vilar de Montpellier

Amphitryon s’installe à La Paillade

Un bel Amphitryon présenté au Théâtre Jean Vilar de Montpellier  - Zibeline

Il est Molière, enfin, plutôt Jean-Baptiste (« on est entre nous »), il est très détendu et se réjouit de nous présenter son projet en cours. Il voudrait monter Amphitryon, d’après l’auteur classique Plaute. L’histoire est assez compliquée, « on pourra changer un peu des trucs, l’actualiser, mais sans trahir », il y est question d’usurpation d’identités, de doubles (l’un des héros s’appelle tout de même Sosie, valet du chef thébain Amphitryon), de Jupiter qui se glisse dans le lit de l’épouse du général en prenant son apparence, de guerre sans fin. Il annonce avec excitation que ce sera un spectacle à gros budget, avec éclairs, nuages, roi des dieux qui descend du ciel, musiciens ! « Moi, je jouerai le rôle de Sosie. » En attendant, « on va faire un tour de table ». Les lumières de la salle du Théâtre Jean Vilar sont en plein feu, et une jeune fille se lève, décline son nom, son expérience théâtrale, son envie de participer au projet. Sept autres sortiront ainsi du public, comédiens amateurs tous habitants du quartier de La Paillade à Montpellier : un homme, la soixantaine, voix chaude et grave, l’œil pétillant, « Je n’ai jamais fait de théâtre, mais l’équipe d’ici m’a proposé de me joindre à cette expérience, et j’ai dit oui », et des femmes, d’âges variés, novices de la scène, ou pas. Quatre élèves de la classe théâtre du lycée de quartier sont aussi associés à cette 7e Création partagée, portée cette année par la Compagnie Provisoire.

Ils montent tous sur scène, le travail peut commencer. On assiste à la mise en place rétrospective du spectacle, avec les lectures un peu laborieuses du début, les choix de rôles, les pauses entre les répétitions, le temps qui passe d’un acte à l’autre, les personnalités qui se dégagent, la confiance qui s’installe. Une progression dramaturgique très juste, entre reportage sur la façon dont chacun prend sa place dans ce projet participatif et dévoilement de l’envers du décor. « Amphitryon, en fait ce n’est pas Amphitryon, il y a des sosies partout, on est plusieurs sur le même rôle ! On ne comprend rien ! » Jean-Baptiste / Sosie / Sébastien Portier remet tout le monde à sa place avec un magnifique « Faites confiance au plateau ! ». Et il a raison, Molière : les vers peu à peu coulent naturellement, l’émotion se glisse entre les hésitations, la langue du XVIIe siècle se marie avec les mots qui fusent depuis notre aujourd’hui. La pièce apparaît dans toute sa complexité, venue de l’Antiquité, passée par l’époque de Louis XIV, arrivée jusqu’à nous. Avec les comédiens, on découvre le décor encore virtuel : des échelles pour monter au ciel, simples accessoires qui nous propulsent dans le merveilleux. On perçoit la difficulté de faire groupe, la joie subtile de parvenir à s’entendre, le plaisir de s’adresser au public. Et quand à la fin du deuxième acte les femmes revendiquent d’avoir plus de texte à dire (« elle est où la parité ? », on jubile de les voir tous endosser si bien les remous de notre société. Mais voilà que chacun a réintégré sa personnalité, les stratagèmes ont été déjoués, le sosie de Sosie a été démasqué, les couples se renouent, et devant le lourd rideau rouge, les personnages en toge blanche incarnent un véritable moment de théâtre.

ANNA ZISMAN
Mai 2019

Amphitryon a été joué au Théâtre Jean Vilar les 14 & 15 mai à Montpellier, après 5 mois de répétition en atelier in situ

Photographie : Amphitryon © X-DR


Théâtre Jean Vilar
155 rue de Bologne
34080 Montpellier
theatrejeanvilar.montpellier.fr