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Vu par Zibeline

La Chair de Rosa Montero, une fiction baroque dans une atmosphère proche du cinéma d’Almodovar

Amours picaresques

La Chair de Rosa Montero, une fiction baroque dans une atmosphère proche du cinéma d’Almodovar - Zibeline

Meurtrie par sa rupture avec Mario, Soledad peine à reprendre le cours de sa vie. Commissaire d’exposition reconnue, il lui faut pourtant mobiliser toute son énergie si elle veut imposer à la jeune et nouvelle scénographe de la bibliothèque nationale la forme et le contenu de son exposition sur les écrivains maudits.

Lorsque s’ouvre le récit, colère et jalousie sont à leur comble. Soledad vient d’apprendre qu’au lendemain même de ses 60 ans, son ex-amant assistera lui aussi à la représentation de Tristan et Iseult. Mais en compagnie de sa jeune épouse. Caressant l’espoir de se venger, Soledad fait appel aux services d’un gigolo russe de 32 ans. Le temps d’une soirée à l’Opéra, le bel Adam apparaîtra comme son nouvel amant. Puis, quel que soit le succès de l’entreprise auprès de Mario, tout rentrera dans l’ordre. C’est sans compter sur l’événement violent qui perturbe, dans la nuit madrilène, le cours normal de cette relation tarifée.

Avec La Chair, l’écrivaine espagnole Rosa Montero épouse le point de vue ironique et lucide de son héroïne pour composer une fiction baroque, qui n’est pas sans évoquer l’atmosphère du cinéma de Pedro Almodovar. L’intrigue, qui repose sur la relation énigmatique que nouent Adam et Soledad, est mise en perspective par la réflexion que mène ce personnage sur la malédiction. Qu’entend-elle par « écrivains maudits » et quels seront ceux qui figureront dans son exposition ? Joyau de la galerie que Soledad compose au fil d’un récit à tiroirs et miroirs, il y a Josefina Aznárez, celle qui, grâce à la plus insensée des histoires d’amour, est parvenue à publier ses livres dans l’Espagne machiste du XIXe siècle. Mais comment Soledad a-t-elle découvert l’existence de cette écrivaine tombée dans l’oubli ? Sur ce point comme sur d’autres – qui est vraiment Dolores, sœur jumelle de Soledad ? – Rosa Montero réserve à ses lecteurs de jolis rebondissements.

MARIE MICHAUD
janvier 2017
La Chair, Rosa Montero
Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse
Éditions Métailié, 18 €