Vu par Zibeline

Amo ergo sum

 - Zibeline

La rock-star londonienne Pete Doherty en frac et haut de forme incarnant le héros romantique des Confessions d’un enfant du siècle d’Alfred de Musset en anglais sous-titré, filmé par une réalisatrice française de talent Sylvie Verheyde : voilà qui avait de quoi intriguer la Croisette en mai dernier ! Présentée à Cannes dans la section Un certain regard, et proposée ce 23 août en avant-première aux Variétés à Marseille, cette adaptation à haut risque suit fidèlement l’unique roman de Musset, inspiré par sa liaison tumultueuse avec George Sand. Octave, un dandy désespéré par la trahison de sa maîtresse, se vautre dans la débauche parisienne, promenant son ennui dans une société bourgeoise sans gloire où les jeunes gens ne savent pas s’ils « marchent sur une semence ou sur un débris ». Mais la mort de son père l’éloigne de la capitale et il rencontre une veuve de dix ans son aînée (interprétée avec justesse et subtilité par Charlotte Gainsbourg) pour un court bonheur qu’il ne manquera pas de briser puisqu’il le possède.

Est-ce le mouvement de la caméra à l’épaule épousant le vertige existentiel du protagoniste ? Est-ce le ressac des plaintes de ce jeune oisif au visage poupin qui rêve de pureté tout en étant jaloux, mesquin, cruel ou bien le rythme des séquences, calqué sur ses hauts et bas émotionnels ? On sort de ces deux heures de projection un peu nauséeux. Malgré une mise en scène soignée, la qualité de décors et de costumes sublimés par une lumière picturale, on est loin du « Barry Lindon pop » dont certains ont parlé. Le film reste bien sage, un peu fade, trop respectueux peut-être d’un texte brillant mais daté qui n’entre en résonance avec nos désenchantements contemporains que très superficiellement.

Reste toutefois le salutaire message final de la réalisatrice et de Musset contre le doute et la peur de vivre, l’hommage rendu à ceux qui osent croire, courant le risque d’être dupes en politique comme en amour, qui acceptent de souffrir, d’aimer, de se tromper, et peuvent comme le Perdican d’ On ne badine pas avec l’amour déclarer: « c’est moi qui ai vécu!  »

ÉLISE PADOVANI

Août 2012

 

Confessions d’un enfant du siècle, sortie le 29 août