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Vu par Zibeline

Le spectacle multiprimé Ça ira fin de Louis (1) vu de l'intérieur par des comédiens amateurs

Amateurs de Révolution

Le spectacle multiprimé Ça ira fin de Louis (1) vu de l'intérieur par des comédiens amateurs  - Zibeline

Participer en tant qu’amateur au spectacle de la Cie Louis Brouillard. Où l’on s’aperçoit que cette création, primée par trois Molière, en tournée nationale et internationale depuis 2015, est une aventure portée avec enthousiasme, rigueur et intelligence par une troupe qui met l’accent sur le travail collectif et sur celui de l’écoute active pour parvenir à une qualité de présence des comédiens, du texte, de l’histoire. Travail autour et avec une certaine idée de la « communauté humaine ».

Le dispositif immersif choisi par le metteur en scène pour évoquer au présent les débats idéologiques des débuts de notre démocratie repose sur des allers-retours entre un plateau à la scénographie dépouillée et la salle, fréquemment éclairée par une rampe placée en sa direction. Le spectateur se retrouve à l’intérieur d’un processus, acteur d’une histoire quasi atemporelle, sans pour autant être assigné à une participation. Les quatorze comédiens qui incarnent une trentaine de personnages jouent aussi de ce va-et-vient frontal entre la salle et la scène. Cette immersion est renforcée par des chœurs, placés en salle, constitués de personnes locales intéressées par l’expérience, provenant du théâtre amateur ou pas. Ces « forces vives » ainsi qualifiées par l’auteur partagent donc une semaine avec l’équipe, entre répétitions et représentations.

Une semaine en immersion

Les séances de préparation, généreusement et finement portées par les assistants forces vives, Lucia Trotta et David Charier, concourent à créer cette sensation d’une Assemblée en cours de formation. Avec sérieux on nous précise les enjeux de chaque scène, de chaque prise de parole. La participation attendue renforce la polyphonie du spectacle mais ne doit pas se limiter à applaudir ou à faire du participatif. Il est question d’écoute et de réactions sincères, par le corps et la spontanéité. Même si l’amateur ne choisit pas son « camp », sa famille politique (amusante situation que celle de devoir défendre et acclamer des idées qui sont habituellement à notre opposé !), on lui demande de suspendre tout jugement et d’entendre avec son corps et sa sensibilité des situations de parole, de réagir à des situations politiques. Le travail en amont avec la dramaturge Marion Boudier et l’historien Guillaume Mazeau se ressent dans ces heures préparatoires de compréhension du texte.

Joël Pommerat cherche un théâtre visant à « rouvrir des sensations, des sensibilités, rouvrir la perception des spectateurs » et c’est bien cela que nous avons vécu pendant cette semaine d’immersion à La Criée avec la compagnie. Un partage humain autant qu’artistique tant la création questionne les éléments de langage de notre société de l’image, de la permanente mise en spectacle, en plaçant chacun au cœur d’un dispositif qui rouvre la possible action politique, qui redonne au spectateur un peu de pouvoir d’agir, dans notre aujourd’hui où la crise de représentativité politique et le sentiment d’impuissance priment.

Delphine Dieu
Janvier 2018

Ça ira (1) Fin de Louis a été joué à Marseille au Théâtre de la Criée du 15 au 17 décembre, (voir notre critique de ce spectacle) et sera à L’opéra Confluence (Avignon) les 23 et 24 mars prochains.

Lire aussi notre article consacré au spectacle Marius, mis en scène par Joël Pommerat et joué par des détenus dans la Maison Centrale d’Arles.

Photo : Ça ira 1 Fin de Louis – Joël Pommerat -c- Elisabeth Carecchio