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Chronique DVD La Traversée d'Élisabeth Leuvrey aux Ecrans du large/Shellac

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Chronique DVD La Traversée d'Élisabeth Leuvrey aux Ecrans du large/Shellac  - Zibeline

D’un départ de la Joliette, tout en brouhaha, sirènes et grincements, sacs plastique Tati bleu-blanc-rouge qu’on bourre, ficelle, scotche, à une arrivée à Marseille encore, Bonne Mère et Palais du Pharo en vue, le film d’Élisabeth Leuvrey, La Traversée, nous embarque sur le ferry l’île de Beauté, entre la cité phocéenne et Alger. Une intimité de huis clos, dans le ventre et sur les ponts du navire, où se révèlent les histoires de l’entre-deux, celles de migrants dont l’identité se déchire entre la France et l’Algérie. La réalisatrice laisse les passagers dialoguer, s’interpeller, les saisit dans l’abandon du sommeil, les écoute dire leurs peurs, leurs espoirs, tandis que le bateau creuse derrière lui un large sillage. Outre ce très beau documentaire de 72 mn, dédié à Abdelmalek Sayad, le DVD «pour rester à bord encore un peu», s’accompagne d’un livret de 68 pages : entretien avec Elisabeth Leuvrey, photos, citations, textes, retranscription d’un long échange écarté au montage. Et, en sus, un malus de 85 mn, Alger mise en ombre, succession de six séquences d’arrivées et de départs d’Alger, absentes de la version finale du film. En voix off, le psychanalyste Ghyslain Lévy, parti d’Algérie en 62 pour n’y plus revenir, commente les rushes, interprète le choix de la cinéaste, de ne pas s’arrêter à Alger, de rester sur le fantasme et l’inquiétude : est-ce qu’on va me reconnaître ? Est-ce que je vais reconnaître ? Le choix de suggérer quelque chose qui se refuse à celui qui n’est ni l’un ni l’autre, le choix de suggérer le lointain familier et la proximité étrangère.

ELISE PADOVANI
Avril 2014

DVD La Traversée
Élisabeth Leuvrey
Les écrans du large/Shellac, 24,99 €