Vu par Zibeline

Agnès Audiffren adapte un thriller glaçant de Marie Neuser en appartement

Aline ou comment s’en débarrasser

• 31 janvier 2019⇒23 février 2019 •
Agnès Audiffren adapte un thriller glaçant de Marie Neuser en appartement - Zibeline

Marie Neuser n’a jamais fait dans le politiquement correct. Depuis Je tue les enfants français dans les jardins, son premier roman paru chez l’Ecailler en 2011, tous ses lecteurs le savent. Mais là, avec Délicieuse, elle va loin. Très loin. À fond dans les affres de la trahison, de la jalousie, puis d’une vengeance méticuleusement organisée et mise en scène. Ce pourrait être une histoire d’adultère comme il y en a tant. Sauf que Martha, la femme trompée, passés les premiers moments de sidération, décide de tout mettre en œuvre pour récupérer son homme. Pour ce faire, elle se crée un avatar, Sakura, son double diabolique, très actif sur les réseaux sociaux… La main armée de sa vengeance. Dans laquelle viendra manger Aline, la blondinette « délicieuse » qui lui a volé son amour. Et aurait sans doute mieux fait d’éviter d’étaler sa vie et ses humeurs sur FB. Car la vengeance, ici, est un plat qui se mange chaud… De ce thriller glaçant, remarquablement écrit mais difficile à digérer, Agnès Audiffren a tiré la substantifique moelle. Avec la complicité de Renaud-Marie Leblanc et de Raoul Lay, elle a sélectionné 16 pages seulement sur les 475 que compte le texte originel. Un concentré d’histoire ; une heure et quart de spectacle en appartement ; et une superbe performance d’actrice. Ce monologue, et la voix si particulière qui le porte, transcendent la langue de Marie Neuser. Une langue tour à tour lyrique, caustique, mordante, que la musique de Luca Macchi et l’accordéon de Solange Baron enveloppent ou scandent, tandis que la vidéo de Thomas Fourneau, remarquable, l’étoffe sans jamais l’étouffer. Peu d’accessoires, une mise en scène sobre, tout concourt à représenter fidèlement cette contemporaine histoire d’amour et de mort, à la rendre plus incandescente encore. Et le public, qu’il rie (souvent) ou reste pétrifié (assez souvent aussi), s’en délecte.

FRED ROBERT
Janvier 2019

Délicieuse(s), spectacle tiré du roman éponyme de Marie Neuser (éditions Fleuve noir, 2018), se joue jusqu’au 23 février dans différents appartements et maisons de Marseille.

ensemble-telemaque.com / didascaliesandco.fr

Photo : c Renaud Marie Leblanc