Vu par ZibelinePremières impressions de la 30e édition du Festival Flamenco à Nîmes

Alchimie flamenca

• 9 janvier 2020⇒19 janvier 2020, 9 janvier 2020⇒19 janvier 2020, 9 janvier 2020⇒19 janvier 2020, 9 janvier 2020⇒19 janvier 2020, 9 janvier 2020⇒19 janvier 2020 •
Premières impressions de la 30e édition du Festival Flamenco à Nîmes - Zibeline

Nîmes accueille les artistes qui font le flamenco d’aujourd’hui et de demain.

Les quatre premières soirées de cette 30e édition confirment que le flamenco est un art en permanente réinvention. Et que le festival nîmois, avec son nouveau conseiller artistique, le Sévillan Chema Blanco, se positionne comme le lieu d’expression et de croisement des recherches les plus contemporaines. Pour la soirée d’ouverture, dans l’écrin moderne de Paloma, les deux propositions attestent un esprit aigu d’expérimentation, ouvertement inspiré de répertoires traditionnels. La chanteuse Mariola Membrives offre un récital électrique et déstructuré des chansons populaires écrites par le poète Federico Garcia Lorca et enregistrées une première fois avec la voix d’Argentinita, en 1931. Exit le piano de la version originelle pour laisser place aux guitares saturées de Javier Pedreira et Osvi Grecco et au bruitisme impertinent du tromboniste Vicent Pérez.

Lorca électrique

Dans un univers musical désarçonnant, teinté de rock sombre et de free jazz, le souffle poétique de Lorca est intact. Si l’innovation bienveillante des adaptations est à saluer, le style d’interprétation, plus que la voix elle-même de Membrives, apparaît inadapté à ce type d’exploration. Quelques maladresses techniques, un public pas des plus ouverts et les crispations palpables de l’interprète contribueront à étouffer les vibrations extatiques que l’on était en droit d’attendre. Elles jailliront en deuxième partie de soirée grâce à la touche avant-gardiste de Hodierno, la réinterprétation par David Lagos de chants ancestraux. Accompagnée par son frère Alfredo à la guitare, portée par les créations sonores électro de Daniel Muñoz et stimulée par les saxophones de Juán Jimenez, la voix authentique du maître de Jerez emporte le cante puro au-delà des frontières établies. Il faudra décortiquer les nombreuses sources qui nourrissent El sombrero, œuvre inclassable des chorégraphes Rafael Estévez et Valeriano Paños pour apprécier cette relecture du Tricorne, ballet créé en 1919 et réunissant la musique de Manuel de Falla, les ballets russes dirigés par Serge de Diaghilev et les décors et costumes de Pablo Picasso.

Confrontation des genres

Comme leurs inspirateurs, les artistes espagnols se plaisent à bousculer les attendus de l’époque, à confronter les genres, à dépecer les symboliques. Classique, folklore et contemporain se frottent à l’universalité et l’intemporalité d’un flamenco qui vire de la facétie d’une comédie musicale à l’angoisse d’une descente aux enfers d’ordre psychiatrique. Le décryptage n’est pas aisé -sauf à avoir assisté à la conférence dansée du lendemain- mais qu’importe. La succession de tableaux engendre des scènes d’une créativité fertile, des échanges dansés avec intensité, des moments de grâce comme d’inhumanité. La danse épouse les fulgurances humaines aussi bien que les faiblesses, à moins qu’elle ne les crée. Dommage de ne pas savoir conclure quand il est temps et d’imposer des redites inutiles en fin de spectacle. Annoncé comme la rencontre improbable de trois figures du flamenco, la première mondiale de Tres golpes laisse un goût frustrant d’inabouti voire de coup manqué que l’on préférera traduire par une étape de travail d’un projet discographique à la traduction scénique encore immature. De l’annonce initiale à la présentation, le guitariste Alfredo Lagos devient quasiment absent, laissant à Paco de Amparo le soin d’accompagner le chant incantatoire et habité de Tomás de Perrate.

Nuevo flamenco

Derrière son orgue, Raül Refree semble avoir rangé l’audace qui l’a pourtant imposé comme l’un des artisans actuels du nuevo flamenco. Par chance, le percussionniste Bobote ne contient pas son insolence créative. Il a fait lever la salle comble du Théâtre Bernadette Lafont comme un seul homme. Eduardo Guerrero convainc par sa technique, un peu moins par son inventivité chorégraphique. Sans doute parce que Galván et Molina sont passés par là (et repasseront par ici). Entre invitation onirique, ode écologique et jeux amoureux, Sombra efimera II (Ombre éphémère) relève de la performance quitte à dissiper l’émotion. Tout en restant époustouflant d’énergie et de précision.

LUDOVIC TOMAS
Janvier 2020

Photo  : Eduardo Guerrero – Sombra Efímera II © Ana Palma

Le Festival Flamenco se poursuit jusqu’au 19 janvier à Nîmes.

Théâtre Bernadette Lafont
1 Place de la Calade
30000 Nîmes
04 66 36 65 00
theatredenimes.com