Une Sarrazine délurée et obstinée à Montpellier

Albertine Sarrazin : retour à Montpellier

Une Sarrazine délurée et obstinée à Montpellier - Zibeline

« Elle parle haut, son mascara a coulé : cette fille-là, c’est Paris ! ». Consécration pour cette boule d’énergie incontrôlable tout juste arrivée du Sud, montée à la capitale après s’être évadée de la maison de correction marseillaise où ses parents adoptifs l’avaient faite enfermer. Dans le café Chez Lulu en 1953, ce commentaire masculin ponctue ce qui n’est que le début de l’aventure, l’histoire terrible et magnifique d’Albertine Sarrazin. Trop vivante, trop intelligente, trop libre, elle sera incarcérée plusieurs fois, elle se sauvera encore, jamais elle n’arrêtera d’écrire, elle volera, elle aimera passionnément, elle se prostituera ; tout ça à 100 à l’heure, « la tête si haute [qu’elle] en [a] parfois des crampes ». Le parcours de cette météore flamboyante est faramineux, et on a du mal à concevoir que l’auteure de La Cavale et de L’Astragale ait succombé à une négligence médicale criminelle ; comment une telle nature pouvait-elle s’éteindre, à seulement 29 ans, elle qui toujours se sortait, avec brio, classe et gouaille, des pires situations ? Difficile à admettre, en effet, encore plus à Montpellier, où tout s’est arrêté à la clinique Saint-Roch après une opération du rein en 1967. C’est donc avec une émotion palpable que le public du Domaine d’O a rencontré la Sarrazine de Julie Rossello Rochet, texte dont elle revendique qu’il ne ressemble surtout pas à un biopic, mais dont Nelly Pulicani s’empare à bras le corps, incarnant une Albertine délurée et confondante d’obstination à vivre envers et contre tout. Seule sur un plateau encadré par deux gradins pour une mise en scène bifrontale, elle laisse chanter son accent cévenol et les épisodes rocambolesques se succèdent. Tout est un peu trop démonstratif, et même si une baignoire remplie d’eau permet d’apporter un contrepoint métaphorique (d’ailleurs un peu trop appuyé) pour suggérer jouvence et danger, la mise en scène (Lucie Rébéré) ne parvient pas à offrir à la comédienne un champ à la mesure de celle qu’elle incarne pourtant avec fougue et sincérité.
ANNA ZISMAN
Décembre 2019

Sarrazine a été joué les 14 & 15 novembre au Théâtre Jean-Claude Carrière du Domaine d’O, Montpellier

 

Photo : © Jean-Louis Fernandez

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