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Vu par Zibeline

Retour sur les spectacles de la Biennale Internationale des Arts du Cirque à Aix-en-Provence

Aix, aux sources des rêves

Retour sur les spectacles de la Biennale Internationale des Arts du Cirque à Aix-en-Provence - Zibeline

Le cirque d’aujourd’hui aime échapper à l’esthétique de numéros dont le but est d’amener le spectateur à s’exclamer devant l’exploit. Certes, la performance fait partie intégrante des nouveaux spectacles, mais l’essentiel obéit à une autre poétique, interroge nos imaginaires, notre appréhension du monde, à travers une représentation sensible du merveilleux, au sens premier, qui nous étonne. Dans cette forêt de sens possibles et cette refondation d’un genre, éclosent des projets dont la Biennale du Cirque donne un bel aperçu.

La jeune compagnie niçoise, Les Hommes de Main (quels beaux portés !), jongle entre les supports, avec City. Les cubes de différentes tailles deviennent écrans porteurs de paroles, témoignages, réflexions, parfois cocasses, recréent une idée de ville dans laquelle la rencontre avec l’autre est ambiguë. La vidéo devient décor grandeur nature dans lequel évoluent les deux protagonistes, Joris Frigerio (auteur du projet) et Matthieu Renevret. Quelle distinction entre le réel et l’illusion ? « Ovni entre cirque, théâtre et film documentaire », cette prometteuse création devrait sans doute resserrer son propos pour gagner en densité.

Nettement plus confirmé, et devenu un classique, L’Homme de Hus. Camille Boitel s’empare du thème du clown auquel les objets résistent, pour composer un spectacle (créé en 2003) où l’acrobate se débat, lutte avec l’énergie du désespoir contre une horde de tréteaux qui, mus d’une vie propre, s’acharnent sur le personnage qui sombre dans la folie. On rit, et on se laisse emporter dans cette interrogation existentielle de la place de l’homme qui ne sait où il se situe.

Cercle sacré de la roue Cyr, alors que la terre ocre dessine l’arène circulaire dans laquelle virevoltent, tournoient jusqu’à l’épuisement, à la mort, pour une renaissance, une communion mystique avec l’essence même du monde, Juan Ignacio Tula et Stefan Kinsman. Leur nouveau spectacle, Santa Madera, inspiré d’un rituel sud-américain pratiqué par les peuples indigènes (Incas et Quechuas) qui utilise le Palo Santo, un bois odorant aux multiples vertus (chasser les mauvais esprits, unir les êtres), est bouleversant de poésie, de beauté.

L’acrobatie devient ici évidence, signifiante… grâce du pas de deux dans le cercle mouvant devenu personnage, éclosion des formes dans les éclats de lumière qui accordent à l’ombre la spiritualité de son mystère. La vie, l’amour, la mort, tout se joue là, anneaux concentriques accompagnés des sonorités du hang, autre figure du cercle…

MARYVONNE COLOMBANI
Mars 2017

Photo : Santa Madera © Christophe Raynaud De Lage

La Biennale Internationale des Arts du Cirque a eu lieu jusqu’au 19 février à Marseille et dans 25 autres villes de Provence-Alpes-Côte d’Azur